DSK va-t-il entrainer le PS dans sa chute ?

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Beaucoup de bruits et de commentaires en ce moment autour de l’affaire DSK et ses conséquences sur les élections présidentielles de 2012. D’habitude ce genre d’analyse m’indiffère tant les querelles internes des partis politiques ne me semblent pas dignes d’intérêt. Pourtant cette fois-ci cela me passionne. Est-ce la lecture de l’excellent blog d’autueil qui a changé mon regard sur la politique ? Est-ce parce qu’avec l’âge on devient plus sensible à ce genre de sujets ? Est-ce parce que pour la première fois je n’ai vraiment aucune inclinaison claire quant à mon futur vote pour les présidentielles ? Est-ce le désœuvrement forcé de la maladie qui me rend plus perméable aux informations un peu saillantes (car pour les faits divers mon désintérêt reste entier) ? Je ne sais pas mais pour une fois je m’y intéresse.

 

La plupart des commentaires tendent à penser que cela favorise le centre (Jean-Louis Borloo en particulier, François Bayrou semblant déjà en partie enterré dans les médias) et que cela va ouvrir un boulevard pour François Hollande, surtout si Martine Aubry ne se présente pas. Mon analyse diffère un petit peu et tente de voir plus loin que les primaires du PS.

 

Pour la développer il faut revenir aux fondamentaux de la politique. A la base de cette analyse se trouvent les motivations de vote. Dans notre système présidentiel il y a à mon avis quatre motivations de vote principales :

·         Le vote d’appartenance. C’est un vote ultra-stable, identitaire : je suis une personne de gauche donc je vote PS, quel que soit le candidat ou le programme ou bien je suis nationaliste donc je vote FN… Ce vote là change peu d’une élection à une autre. C’est aussi à mon avis une part de moins en moins importante de l’électorat compte tenu de la fin des grandes batailles idéologiques avec l’effondrement de l’idéal communiste. On peut classer également dans cette catégorie le vote de rejet de la classe politique ou le vote sanction.

·         Un vote d’intérêt : je vote pour le PS car c’est le parti qui défend le plus les services publiques, donc en étant fonctionnaire, je défends mon intérêt en votant PS. On peut retrouver ce vote clientéliste à l’inverse dans le vote massif des professions indépendantes pour l’UMP qui a clairement manœuvré dans ce sens. Ces personnes sont très sensibles aux questions de baisse des taxes, charges et impôts car contrairement aux salariés elles en constatent le montant régulièrement en faisant leur comptabilité. La réduction de la TVA dans les bars et restaurants a donc permis d’envoyer un message très clair à ces professions même s’il s’agit en réalité d’un pur cadeau électoral qui n’a aucune justification économique et est largement critiqué par l’ensemble des économistes. On le retrouve aussi dans le vote agricole pour l’UMP même si le poids de l’agriculture est en baisse.

·         Un vote de raison basé sur les programmes dans une perspective d’intérêt général. C’est en principe l’attitude que chacun devrait avoir. Il y a plusieurs inconvénient à cette démarche : Les électeurs ont maintenant pleinement conscience que bon nombre de promesses électorales ne seront pas tenus. Il a également le problème de cohérence : on ne peut pas être d’accord avec un programme sur tous les sujets. On peut par exemple être plutôt d’accord avec la droite sur les questions de sécurité et avec la gauche sur les questions économiques ou inversement, il est alors difficile de choisir, surtout si l’on multiplie le nombre de sujets. C’est par exemple ce problème qui m’empêche à chaque fois de voter pour les écologistes car si je suis plutôt globalement en phase avec leurs idées (il faut éviter les gaspillages, respecter l’environnement, limiter les émissions de co2 pour éviter le réchauffement climatique, développer les sources d’énergie propres…), leur technophobie sans nuance concernant le nucléaire ou les OGM est pour moi rédhibitoire.

·         Le vote de personnalité. C’est à mon avis un critère de plus en plus important, surtout au centre pour toutes les personnes qui n’ont pas d’affiliation politique fixe et cherchent simplement à élire les personnes les plus aptes à les gouverner en espérant que ces personnes une fois au pouvoir prendront les meilleures décisions possibles compte tenu des circonstances et indépendamment de leur idéologie. Dans cette optique c’est plus le caractère, le comportement et surtout l’image de l’homme politique qui est en jeu que ses idées ou son programme. On recherche son aptitude à gouverner, ses capacités de leader et une adaptation aux faits et à la réalité.

Chaque décision de vote mêle très probablement toutes ces motivations de manière consciente ou inconsciente. Ainsi il est difficile pour moi de différencier la part du vote d’appartenance de la part du vote rationnel sur les questions de l’Europe. De même il est très difficile d’être purement altruiste et de faire abstraction de sa situation personnelle sur les questions d’impôts pour avoir un vote de raison plutôt qu’un vote clientéliste. Enfin, la nature même de l’élection présidentielle impose nécessairement pour toute personne n’ayant pas un vote strict d’appartenance ou de conviction de prendre en compte au moins partiellement la question de la personnalité du candidat. Au moment de glisser le bulletin dans l’enveloppe même si l’on a pour objectif un vote rationnel principalement basé sur les programmes, on ne peut s’empêcher de se demander si le candidat pour lequel on vote a vraiment l’étoffe d’un chef d’état.

Ce dernier paramètre est donc pour moi central : pour avoir une chance d’être élu, un candidat doit avoir acquis dans l’opinion publique le statut d’homme d’état. C’est une condition non suffisante mais indiscutablement nécessaire. Il doit avoir dans la tête des électeurs l’envergure de ses prédécesseurs et chacun doit pouvoir imaginer sans réticence cette personne à la tête de l’exécutif. C’est à mon sens ce qui a fait principalement défaut à Ségolène Royale et François Bayrou.

 

Alors comment estimer la capacité d’une personne à gouverner ? On peut chercher à utiliser les méthodes de recrutement des entreprises. Classiquement, un recrutement se fait en trois étapes : Un premier tri sur le CV des candidats, un deuxième sur la lettre de motivation puis un troisième sur des entretiens permettant d’affiner la perception de la personnalité, de déterminer comment le candidat envisage le poste et de tester ses réactions en situation de stress et lorsqu’il est confronté à une situation inhabituelle et déstabilisante. Finalement le processus de l’élection présidentielle n’en est pas si éloigné : le programme peut se comparer à la lettre de motivation et les meetings et débats télévisés à des entretiens d’embauches. Reste la question du CV. Si elle ne fait pas l’objet d’une sélection explicite, la question du CV des candidats est à mon avis centrale justement dans l’image que chacun se fait des candidats. Pour s’en convaincre il suffit de jeter un coup d’œil aux CV des présidents de la 5ème république : Tous ont eu une expérience très significatives de premier ministre ou des principaux ministères avant d’être élu (économie et finance, garde des sceaux, éducation nationale, intérieur, affaires étrangères, défense voire travail et affaires sociales selon l’importance très variable accordé à ce ministère selon les gouvernements).

 

Voyons plutôt en détail :

N. Sarkozy : ministre de l’intérieur à deux reprises soit pendant presque 4 ans, ministre de l’économie et des finances pendant 8 mois, il a été en outre ministre de la communication pendant 10 mois et ministre du budget pendant 2 ans soit environ sept ans et demi au gouvernement dont plus de la moitié à des ministères majeurs.

J. Chirac a été premier ministre pendant 4 ans, ministre de l’intérieur quelques mois, ministre de l’agriculture pendant un peu moins de deux ans et ministre délégué aux relations au parlement pendant un an et demi soit au total également environ sept ans et demi au gouvernement.

F. Mitterand a été garde des sceaux pendant un peu plus d’un an, ministre de l’intérieur 7 mois, ministre d’état sans portefeuille (1 mois) puis délégué au conseil de l’europe pendant 2 mois, ministre de la France d’outre-mer pendant 1 an et ministre des anciens combattants pendant 9 puis 8 mois soit au total 7 fois ministre pour un cumul de l’ordre de 3 ans mais avec 3 expérience de ministère majeurs (justice, intérieur et ministre d’état).

V. Giscard D’Estaing a été ministre des finances pendant 4 ans puis presque 5 ans soit 9 ans au gouvernement, toujours à un portefeuille majeur.

G. Pompidou avait été 1er ministre pendant presque 6 ans.

C. De Gaulle avait été sous-secrétaire d’état à la guerre et à la défense nationale pendant quelques jours mais également bien sûr chef du gouvernement provisoire pendant 5 ans (1941-1946) et président du conseil pendant 6 mois.

 

On le voit donc clairement, tous les présidents de la 5ème république avaient une expérience très sérieuse du gouvernement lorsqu’ils ont été élus. C’est une fois de plus assez cohérent avec ce qui se passe pour les recrutements dans le privé pour un poste à responsabilité : en général une expérience réussie et d’une durée significative dans un poste similaire est requise, soit un poste de même niveau (ce qui est difficile pour la présidence de la république, le recyclage de chef d’état étranger étant loin d’être envisageable pour l’instant) soit dans plusieurs postes d’un niveau de responsabilité juste en dessous de celui visé dans le cadre d’une promotion en général interne.

Alors quel est le lien avec l’affaire DSK ? Et bien tout simplement le fait qu’il avait indubitablement le profil requis pour gagner une présidentielle, sa stature d’homme d’état étant bien assise par les 4 ans passés à la direction du FMI renforcés par deux expériences significatives au gouvernement d’une durée de presque 2 ans à chaque fois dont 2 ans comme ministre des finances. Le fait qu’il soit maintenant disqualifié laisse un vide difficile à combler de ce point de vu.

 

On a vu lors des dernières présidentielles que Ségolène Royale était un peu juste au niveau carrure avec sur son CV ministre de l’environnement pendant 1 an, ministre déléguée à l’enseignement scolaire pendant presque 3 ans et ministre de la famille etc. pendant 2 ans soit certes une durée cumulée de 6 ans mais aucun ministère majeur. De plus elle ne semble pas bien placée actuellement et il semble peu probable que le PS lui donne l’investiture après l’échec de 2007 qui est encore dans toutes les mémoires.

 

François Hollande est encore pire du point de vu CV puisqu’il n’a aucune expérience gouvernementale et ce n’est pas son expérience à la mairie de Tulle ou au conseil général de Corrèze qui peuvent palier à ce manque flagrant. C’est pourtant lui qui est actuellement le favori pour la primaire… avec le risque donc qu’il emporte la primaire grâce à son influence au sein du parti mais qu’il perde les élections à cause de son manque d’expérience gouvernementale.

Les autres candidatures annoncées ou probables actuellement pour les primaires hormis celle de Martine Aubry ont toute le même défaut : manque d’expérience significative de gouvernement.

 

Reste donc Martine Aubry qui peut justifier de trois ans en tant que n°2 du gouvernement Jospin et presque deux ans dans le gouvernement d’Edit Cresson comme ministre du travail et de l’emploi. Je pense que cela peut être suffisant, d’autant qu’elle peut aussi justifier de la gestion de la quatrième agglomération française. Il demeure pour elle le problème du positionnement au sein du PS. Son positionnement est plutôt perçu par les Français comme sur l’aile gauche du PS en particulier de part les 35 heures et les emplois jeunes qu’elle a porté lors de son passage au gouvernement. Il est difficile d’aller gagner des voix à l’extrème gauche car c’est principalement un vote d’appartenance donc peu mobile.

 

Cette élection se gagnera au centre, en allant gagner des électeurs sur la dépouille d’un modem moribond, victime de l’isolement mégalomane de son président, de la prédation de l’UMP et de la concurrence réémergente du parti radical. Il faudra également pour cela arriver à empêcher l’émergence d’une nouvelle coalition du centre autour du parti radical que la dérive droitière de N. Sarkozy a laissé échapper. Pas sûr donc que Martine Aubry puisse relever ce défit et arrive à se recentrer, condition indispensable pour pouvoir l’emporter face à Sarkozy ou Borloo en tenant compte de la résurrection du FN. Si elle ne le fait pas, alors cela deviendra de plus en plus compliqué pour le PS de reconquérir le pouvoir à mesure que ses ténors ayant l’expérience gouvernementale requise pour gagner un présidentielle seront atteints par la limite d’âge dans une cinquième république devenu très fortement dominée par l’élection présidentielle. La seule solution serait à mon sens une alliance avec le centre pour reprendre le gouvernement en 2017 mais c’est très difficile dans un système présidentiel ou un seul candidat porte toute la campagne et où l’absence d’un parti au premier tour est synonyme de mort médiatique. Un système bicéphale comme le système américain où le vice-président est une figure majeure de la campagne serait plus favorable. C’est donc pas gagné et il est bien possible que la chute de DSK éloigne durablement la perspective pour le PS de reconquérir l’Elysée. Martine Aubry me semble être la seule chance crédible du PS mais il faudra qu’elle joue séré pour s’imposer au centre.

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