Il faut généraliser les crèches !

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Je n’ai pas trop d’illusions sur le fait que ce sujet prenne un jour une quelconque importance sur la scène politique tant nationale que locale. Notre société vieillit et le cœur de l’électorat n’a pas pour priorité la gestion de la petite enfance. Il n’y a qu’à voir l’initiative très cosmétique voire régressive effectuée par le gouvernement récemment sur le sujet qui est très loin du compte. En gros si j’ai bien compris, ils ont simplement augmenté le taux de remplissage, réduit le niveau requis pour faire partie de l’équipe d’encadrement et créé une obligation pour les communes de proposer un mode de garde aux parents en faisant la demande sans que la nature ou le coût de ce mode de garde ne soit définis. Il suffit donc que la commune propose une assistante maternelle aux tarifs prohibitifs pour que la commune puisse s’exonérer de ses obligations !

Hors les conséquences de la gestion de la petite enfance sont importantes même si elles se situent plutôt dans le long terme. Petit tour des enjeux avant  d’attaquer bille en tête sur la solution :

Enjeux économiques

La richesse d’une population dépend directement de sa productivité, c’est d’ailleurs le seul facteur réellement important à long terme. Pour s’en convaincre il suffit de regarder un petit peu l’histoire économique : lorsque plus de 90% de la population était occupée dans les champs à produire de la nourriture, il ne restait pas grand monde pour produire des produits manufacturés. L’augmentation de la productivité dans l’agriculture puis dans l’industrie ont permis le développement d’autres richesses : produits manufacturés puis (de plus en plus) services. En ce qui concerne la petite enfance, les quatre principaux modes de gardes existant ont des productivités tout à fait différentes. Les deux moins productifs sont les femmes au foyer élevant leurs enfants et les gardes à domiciles. Dans les deux cas, le nombre d’enfants gardés dépend du nombre d’enfant en âge d’être gardés dans une fratrie… Compte tenu des contraintes physiologiques, il est difficile d’en avoir plus de 2 dans la tranche 0-3 ans. La productivité est donc inférieure à 2 enfants par adulte encadrant – on doit pouvoir compter sur une moyenne de l’ordre de 1.5. Dans le cas des assistantes maternelles, la norme est en général de 3 avec des exceptions à 4, le quatrième étant souvent du périscolaire, on doit donc pouvoir compter sur une moyenne à 3 hors périscolaire. Pour les crèches le taux d’encadrement est de 1 adulte pour 5 bébés et 1 adulte pour 8 enfants qui marchent soit une moyenne qui doit être légèrement supérieure à 6 compte tenu d’un remplissage partiel (certains enfants ne sont pas gardés le mercredi par exemple).

Le mode de garde en crèche permet donc une productivité double de celle des assistantes maternelles et quadruple par rapport aux femmes aux foyers ou gardes à domicile. L’intérêt économique est loin d’être négligeable avec 2.37 millions d’enfant entre 0 et 3 ans cela représente selon l’option privilégiée de 395 000 (crèches) à 1 580 000  personnes requises pour ce service. Et que l’on me sorte par l’argument que cela créerait du chômage en plus : d’une part il est actuellement relativement difficile de trouver des personnes compétentes pour rendre ce service et bon nombre de femmes doivent se résoudre à garder elles-mêmes leurs enfants faute de solution adaptée et d’autre part ce serait tomber dans l’erreur récurrente du luddisme : l’emploi n’est pas un objectif en soi, l’objectif c’est des emplois à bon escient, les gains de productivité ne détruisent pas des emplois, ils créent de la richesse et permettent d’utiliser les emplois libérés pour d’autres besoins.

L’impact sur l’emploi des femmes

Actuellement bon nombre de femme font le choix (faute d’alternative de qualité) ou sont contraintes (pour des raisons économiques) de garder leurs enfants en bas âge elles-mêmes. Le problème c’est de retrouver un travail lorsqu’on a passé plusieurs années consécutives hors du marché du travail. Les liens avec les entreprises sont rompus, l’expérience antérieure lorsqu’elle existe est souvent considérée par les employeurs comme obsolète et bon nombre de ces jeunes femmes se retrouvent à devoir repartir de zéro pour leur carrière professionnelle. C’est d’autant plus dommageable que les années qui sont généralement consacrée à la garde de leurs enfants sont des années stratégiques dans la carrière professionnelle : c’est souvent vers 30 ans que l’on commence à prendre des responsabilités hiérarchiques ou que l’on songe à devenir entrepreneur… précisément au moment où les jeunes mamans sont contraintes à pouponner à la maison. C’est un puissant facteur du fameux plafond de verre. Cette interruption doit aussi avoir un impact non négligeable sur le chômage des femmes qui rappelons-le reste plus élevé que celui des hommes malgré des salaires plus faibles.

Egalité des chances pour les enfants

Cela ne fait pas de doutes, la reproduction sociale est encore importante en France (même si contrairement aux idées reçues elle est plus faible qu’au pays du « rêve américain ») : les enfants issus de familles favorisés ont beaucoup plus de chances de réussir à être dans à leur tours dans la partie supérieure de la distribution des revenus que les enfants issues des classes populaires. Il y a sans doute une part - faible - de facteur génétique (oui l’intelligence est pour une part d’origine génétique), une bonne part de transmission du capital (d’autant plus forte depuis que les droits de successions ont quasiment été abolis pour peu qu’on s’y prenne un peu à  l’avance), pour la frange la plus élevé, il y a également la transmission du capital social (le carnet d’adresse, le fait de côtoyer les bonnes personnes lors de sa scolarité) mais l’essentiel est à mon avis dans la transmission du capital humain : l’éducation, la transmission des connaissances. Or une bonne partie de cette éducation se fait avant l’entrée en maternelle. Il n’y a qu’à observer de très jeunes enfants (2-3 ans) dans la cour de récréation ou au square et comparer avec le comportement de leurs parents… La reproduction est immédiatement visible, les enfants de parents pondérés, attentifs aux autres, doux n’ont pas le même comportement que ceux dont les parents sont plus brusques et / ou égocentriques.

Le mode de garde par un tiers, en contrebalançant en partie l’influence des parents, en donnant un deuxième modèle aux tous petits, lorsque certains apprentissages stratégiques se font : vie en société, respect de l’autre, respect des interdits, permettrait de limiter l’impact de cette reproduction sociale. C’est d’autant plus important que les personnes les moins riches sont également celles qui ont le plus de difficultés à accéder à ces modes de gardes, essentiellement pour des raisons économiques.

Prévention de la maltraitance

La maltraitance des enfants reste un fléau bien réel en France. Le mode de garde n’est bien entendu pas neutre dans ce cas et malheureusement, seul le mode de garde collectif (crèche) apporte de réelle garanties en la matière puisque des cas de maltraitance seraient immédiatement détectées par les collègues de l’adulte maltraitant. En ce qui concerne la maltraitance par les assistantes maternelles, je pense qu’elle est très rare mais ne peut être exclue compte tenu de l’absence de présence de tiers… d’autant que la découverte des faits peu n’être effectuée qu’à postériori. Il est à noter également que la détection et le signalement d’une  maltraitance parentale semble plus facile dans le cadre d’une garde collective que d’une garde par une assistante maternelle. Enfin, on peut penser que le fait d’être contrainte dans ses choix d’activité par la présence de ses enfants peut être l’un des facteurs conduisant à la maltraitance par certaines mères selon le raisonnement : « si tu n’étais pas là je pourrais travailler et me sortir de mes difficultés »…

Prévention de l’échec scolaire et prévention de la délinquance

Il n’y a pas encore d’étude en France sur l’implication du mode de garde sur l’échec scolaire et la délinquance mais des études canadiennes montrent que les enfants issus de milieux défavorisés ayant été bénéficiés de services de garde de grande qualité (crèches) sur des périodes prolongées présentent moins souvent des troubles de comportement ultérieurement et ont un meilleur éveil cognitif (cf. centre d’analyse stratégique note 107 – juillet 2008). On peut donc en déduire que le mode de garde a un impact potentiel sur l’échec scolaire et sur la délinquance compte tenu du fait que l’apprentissage de la maitrise de la violence semble se faire très tôt et crucialement vers 2-3 ans.

On peut aussi noter qu’il y aurait un impact très positif pour les enfants issus de parents d’origine étrangère du fait d’être gardés par des tiers francophones plutôt que des personnes maitrisant mal le français ou ne parlant pas français spontanément devant l’enfant.

Qualification des personnes responsable de la garde des enfants

La qualification des personnes en charge de la petite enfance est à mon avis un élément important. Si des efforts constants et remarquables ont été menés pour augmenter le niveau d’étude des enseignants à tous les niveaux, force est de constater qu’en matière de petite enfance tout reste à faire. Au niveau des parents, tout parent de jeune enfant a dû à un moment ou à un autre en faire l’expérience : nous sommes des amateurs. Les parents ne reçoivent aucune formation leur apprenant comment élever leur enfant. Ils n’ont à leur disposition que les souvenirs de leur enfance des méthodes plus ou moins adaptées de leurs propres parents, des livres plus ou moins sérieux et trop souvent contradictoires pour les plus intellectuels d’entre eux et les conseils plus ou moins avisés et plus ou moins bien pris en compte de leur entourage. En bref et en un mot : du bricolage et potentiellement de l’amateurisme à tous les niveaux.

Au niveau des assistantes maternelles, ce n’est guère mieux. La profession souffre de pénuries chroniques, le travail est difficile (que ceux qui ne me croient pas essaient de passer une journée de plus de 8 heures d’affilés seul avec trois enfants de moins de 3 ans), mal payé et structurellement précaire (les enfants grandissent et il faut trouver chaque années de nouveaux clients). Il n’y a donc aucune sélection à l’entrée et la formation de 60 heures même si elle est bienvenue est totalement insuffisante pour former des personnels qualifiés – tout juste permet-elle d’éviter partiellement les dangers physiques les plus graves. J’ai eu personnellement un exemple d’expérience malheureuse avec une nounou pour ma fille et pourtant lors de la sélection on avait pris la moins pire des deux qui étaient disponibles (la deuxième était complètement dépressive !). J’ai eu également quelques exemples dans ma famille proche d’assistantes maternelles carrément dangereuse : qui laisse un enfant dans le bain pendant qu’elle passe l’aspirateur (la grand-mère a débarquée à l’improviste pour constater le délit), une candidate recalée qui avouait benoitement laisser les enfants toute la journée dans un parc devant la télé et qui parlait à peine le français… Rétrospectivement ça fait froid dans le dos ! Il est à noter également que pour beaucoup le travail d’assistante maternelle est un travail adopté par défaut, souvent pour garder ses propres enfants ou petits-enfants et n’est pas envisagé comme un travail permanent ou une vocation.

Le personnel en crèche est mieux formé et surtout bénéficie d’un encadrement plus professionnel.

On l’aura compris dès cet exposé des enjeux, la solution des crèches est celle qui a très largement ma préférence. Pour résumer :

Les assistantes maternelles ne sont pas la solution pour les raisons suivantes :

Productivité plus faible qu’en crèche.

Formation insuffisante.

Absence de surveillance / de contrôle.

Recrutement majoritairement par défaut – travail choisit faute d’autres options.

Espace de garde souvent inadapté.

Limitation du nombre d’autres enfants donc il n’y pas obligatoirement des enfants du même age ce qui est important pour développer la sociabilité à partir de deux ans.

Isolement des assistantes maternelles en cas de problème – elles n’ont pas toutes recours aux relais assistante maternelle, souvent car elles n’osent pas demander de l’aide ou ont peur de perdre leur agrément.

Travail mal payé et aléatoire en fonction du nombre d’enfants gardés. Il n’est pas toujours possible de faire le plein alors qu’en crèche l’activité est forcément lissée dans le temps compte tenu d’un nombre d’enfants plus important et la paye ne dépend pas du nombre d’enfant gardés.

Les femmes au foyer ne sont pas la solution pour les raisons suivantes :

Faible productivité.

Difficultés pour reprendre un autre travail après pour la mère.

Reproduction des problèmes sociaux ( et donc des inégalités).

Très majoritairement à la charge financière des parents.

Absence de sociabilisassions des enfants.

La solution recommandée : La crèche gratuite pour tous avec un personnel bien formé. La solution : une obligation pour les communes de mettre en place un accueil en crèche gratuit pour tous les enfants dont les parents font la demande. Dans un premier temps le personnel pourrait être recruté parmi les assistantes maternelles (pour gagner du temps), à charge pour elles de suivre les formations nécessaires pour leur poste (CAP puériculture ?) dans un laps de temps donné. Je propose également un fonctionnement similaire à celui de l’éducation nationale : la commune prendrait en charge, la fourniture, l’entretiens des locaux et le personnel logistique (nettoyage des locaux, repas – qui pourrait être mutualisés avec l’école primaire) tandis que l’éducation nationale prendrait en charge les salaires et recrutement des personnels encadrant les enfants. On peut également envisager un système équivalent à celui des écoles privées pour des crèches privées : l’état et les collectivités publiques prennent en charge le financement à concurrence des montants alloués au public, à charge pour les parents de financer un éventuel surcoût.

On pourrait argumenter que cela coûte cher – plus cher que les assistantes maternelles, ce qui est à mon avis un faux débat pour les raisons suivantes :

L’école obligatoire aussi coute cher et pourtant personne ne parle de vendre les écoles et remplacer le système par un mix d’écoles privées, de répétiteur mal formés et d’enseignement parental. Pourquoi cela serait différent pour la petite enfance alors que bon nombres d’apprentissages stratégiques ont lieu avant 3 ans (socialisation, maitrise de la violence, apprentissage du langage, de la mobilité, respect des interdits…) ?

Le fait d’avoir des enfants comporte de nombreuses externalités positives pour la société. Il parait donc juste que les coûts associés soient prise en charge collectivement. On voit d’ailleurs très clairement avec les exemples Allemand et Japonais les conséquences d’une absence de prise en charge collective de la petite enfance : les taux de natalité ne permettent pas le renouvellement des générations avec toutes conséquences négatives que cela implique (financement des protections sociales, dynamisme de l’économie…).

La garde collective est le mode de garde ayant la plus forte productivité, cela devrait donc être le plus rentable à long terme une fois que les investissements en locaux sont amortis.

Il s’agit d’un investissement à long terme sur le capital humain et il faut donc prendre en compte toutes les externalités positives en particulier celles de réduction de la délinquance et de l’échec scolaire qui n’apparaitront que plusieurs années plus tard. Dans le cas de la baisse de la maltraitance, il faut prendre en compte l’effet de transmission de la maltraitance et donc le fait que l’on évite potentiellement une maltraitance sur plusieurs générations et là encore il faut prendre en compte toutes les conséquences à long terme de ces maltraitances : échec scolaire, chômage, délinquance, troubles sociaux…

La prise en charge de la garde des enfants est déjà en grande partie publique via les aides de la CAF et les déductions d’impôts, il n’y aurait donc qu’un surcoût limité.

Il faut prendre en compte dans le calcul les recettes fiscales qui seront générées par le travail des femmes qui ne peuvent travailler actuellement faute de places en crèche : cotisations sociales, impôts sur le revenu, tva supplémentaires lié à des revenus plus élevés…

Les communes arrivent sans trop de difficultés à financer salles des fêtes,  équipements sportifs, médiathèques… qui me semblent moins importants que l’éducation des futures générations, le financement des locaux des crèches ne semble donc pas hors de portée.

Publié dans Programme 2012

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sandra 08/07/2011 13:49


J'ai retiré mon fils de la garde d'une ass mat dangereuse, conduite avec les gamins dans la voiture alors que neige+verglas pour ses courses de Noël, enfant laissé à la garde de sa fille mineure
pendant que Mme faisait ses courses, qui m'a tenu des propos incohérents (c'est mon fils m'a-t-elle dit en me parlant du mien). Je l'ai signalé au conseil général. J'ai appris avec surprise il y a
quelques jours qu'on lui a redonné son agrément...Voilà on en est...


ideesmobiles.over-blog.com 19/07/2011 00:03



Merci pour votre commentaire,


Il ne faut pas généraliser mais comme dans toutes les professions il y a chez les assistantes maternelles des personnes incompétentes, le seul problème dans le cas des assistantes maternelles
c'est l'ampleur des conséquences.