Le chômage (1/x)

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

La question du chômage est à mon avis celle qui devrait être le sujet principal de la future élection présidentielle. La persistance d’un chômage de masse est à mon avis l’une des causes majeures des principaux disfonctionnements de la société française :

  • Une bonne part de l’insécurité dans les banlieues provient du manque de perspective d’avenir pour les jeunes issus de milieux défavorisés. Ce n’est certainement pas le seul facteur explicatif de l’insécurité mais c’est certainement un facteur majeur.
  • La sinistrose généralisée des Français sur l’avenir et en particulier l’avenir économique. Cette sinistrose a des conséquences non négligeables avec paradoxalement des conséquences sur l’emploi :
    • Faible mobilité professionnelle avec le raisonnement « je reste à faire ce boulot qui n’utilise pas forcément au mieux mes compétences et mon potentiel de peur de me retrouver au chômage ».
    • Engouement disproportionné pour les emplois de la fonction publique qui du coup a une tendance à la surqualification pour les postes les moins qualifiés (et une tendance à une sous-qualification pour les postes les plus qualifiés pour d’autres raisons). J’ai par exemple dans mon entourage une jeune femme qui après des études d’ingénieur chimiste a refusé un poste correspondant à sa formation et finalement préféré devenir professeur en primaire – non pas que la fonction de professeur de primaire soit moins importante que celle d’ingénieur chimiste, c’est juste que c’est une perte pour la société qu’elle n’ait finalement pas adopté une carrière conforme à sa formation et pour laquelle la pénurie de main-d’œuvre est plus marquée que professeur de primaire où il y a pléthore de candidats.
    • Impact non négligeable sur l’investissement des entreprises et donc sur leurs embauches selon le raisonnement : l’économie en général va mal, c’est la crise perpétuelle (discours fallacieux mais utilisés à profusion par les politiques pour expliquer leur incapacité à faire baisser le chômage ), l’avenir est incertain, donc même si mon business va bien en ce moment, je n’embauche pas (ou moins que nécessaire) de peur d’être obligé de licencier peu de temps après.
    • Réduction de la consommation d’une partie de la population qui met de l’argent de côté en cas de chômage.
  • Une bonne part des difficultés sociales.
  • Une bonne part des problèmes de surendettement.
  • Une part du problème de pouvoir d’achat, le chômage élevé pesant sur les négociations salariales, même s’il est difficile ici de faire la part des choses, une partie du chômage pouvant avoir pour origine un pouvoir d’achat trop élevé du salaire minimum.
  • Une perte de richesse lié au fait que les chômeurs pourraient produire des richesse au lieu d’être inactifs.
  • L’aggravation des difficultés financières de l’état et des organismes sociaux  de part les coût qu’ils génèrent (assurance chômage bien sûr mais aussi programmes sociaux, coût de la délinquance) mais surtout le manque à gagner qu’il représente (déficit de cotisations pour les assurances maladie et vieillesse mais aussi déficit de perception d’impôt).

 

 

Le problème est résolument complexe. Tous les gouvernements depuis 30 ans ont cherché des solutions à ce problème de chômage. Les économistes sont en désaccords entre eux sur les solutions à apporter… C’est globalement assez désespérant. Nos hommes politiques ont probablement beaucoup de défauts mais je ne pense pas qu’au moins pour les plus éminents d’entre eux, on puisse leur reprocher leur manque d’acuité intellectuelle. Si des gens extrêmement intelligents, qui ont étudié le sujet en profondeur ne trouvent pas de solution, comment les électeurs peuvent-ils juger de la pertinence des programmes qui leurs sont proposés sur le sujet le plus important pour leur avenir (ou l’avenir de leur proches en ce qui concerne les retraités) ? Si l’on considère que c’est l’un des principaux sujets sur lequel ils vont fonder leur décision, n’y a-t-il pas un aléa considérable sur les résultats des élections ? Est-ce que cela ne remet pas en cause le principe même de programme politique : si les électeurs sont incapables de juger de pertinence des mesures proposées par les candidats, le choix du candidat en fonction du programme reste-t-il pertinent ?

 

Je n’abandonne tout de même pas l’idée de pouvoir émettre une opinion après quelques recherches et réflexions sur le sujet. Il est à noter également que ces recherches et réflexions ont largement changé les apriori que je pouvais avoir sur le sujet, mes opinions de départ étant beaucoup moins libérales que mon opinion actuelle.

 

Commençons par les mauvaises idées, et elles sont légion surtout dans certains des programmes politiques actuels :

 

La sortie de l’euro et une déconstruction de l’Europe.

 

 Si l’Europe était réellement en cause dans le chômage alors nos voisins devraient eux aussi être touchés de plein fouet par le chômage. Un petit tour d’Europe nous donne de nombreux contre-exemple : Pays-Bas (5,5%) Autriche (4,5%) Danemark (5,9%) Luxembourg (6%), Allemagne (6.5 % mais en forte baisse). L’Europe n’a donc pas un effet généralisé d’accroissement du chômage. L’argumentation que ces pays auraient aspiré les emplois à notre détriment ne tient pas vraiment non plus car ils sont généralement plus riches et avec des salaires comparables ou plus élevés que ceux observés en France : le salaire médian en France est de 19 615 à comparer avec Pays-Bas : 24024, Autriche : 24114, Danemark : 22461, Luxembourg : 34407 Allemagne : 21241.

 

La démondialisation.

 

 La mondialisation peu créer des changements dans la structure de l’emploi (déplacement de certains emplois vers d’autres), mais il ne peut expliquer le chômage à lui seul. Le fait que l’on importe certains biens ne nous empêche pas d’en créer d’autres (ou des services). La quantité de travail n’est pas une quantité fixe qu’il faudrait se partager, le fait que l’emploi industriel augmente en Asie n’empêche pas de continuer à produire en France. Certes, la réalité n’est pas aussi idyllique que ne voudrait la présenter les économistes ultralibéraux. Les reconversions peuvent être difficiles mais si l’on regarde à long terme les transformations de notre société, nous n’avons pas forcément été vraiment perdant de cette mondialisation. Bon nombre de nos entreprises les plus prestigieuses sont des multinationales réalisant une grande partie de leur activité avec l’étranger. Nous avons en France de nombreuses entreprises exportatrices en particulier dans le secteur du luxe ou de l’aéronautique. On peut noter également que le tourisme est une forme d’exportation (de services). On peut aussi noter que toutes les expériences de protectionnisme majeures ont échoué et ont conduit à un appauvrissement radical des états qui l’ont essayé et sans que cela empêche un chômage important de se développer (voir par exemple le cas de l’inde avant la libéralisation des années 90 ou le cas de cuba). Enfin, dans une économie aussi complexe que la notre, la plupart des produits comportent de nombreux composants exploitant de nombreuses technologies. Il est impossible à un état de maitriser et produire efficacement l’ensemble de ces produits et technologies, il y aura donc toujours un import d’au moins une partie des composants. Le fait d’imposer des droits de douane sur les produits importés peut s’avérer contre-productif car ces taxes payées sur l’import des composants sont alors répercutées sur le prix des produits finis qui deviennent moins compétitif à l’export. On peut également argumenter contre le protectionnisme qu’il est difficile de définir l’échelle idéale : Il n’y a pas de raison de favoriser un protectionnisme européen par rapport à national et en poussant alors le raisonnement plus loin (et vers l’absurde) pourquoi pas un protectionnisme régional pour empêcher les ch’ti de faire une concurrence déloyale aux toulousains (et réciproquement) et pourquoi pas revenir au moyen-age avec ses innombrables droits de péage à chaque limite de fief en descendant au niveau départemental, cantonal ou communal… Et à l’extrême personne n’empêchent ceux qui le souhaitent de vivre en autarcie pour éviter que leur voisin ne vienne leur voler leur précieux travail (et en plus il y a de bonnes chances qu’ils échappent à l’essentiel des taxes)… Mais alors bon courage à ceux qui le souhaitent pour ne serait-ce que produite un simple grille-pain comme le démontre cette brillante conférence : http://www.ted.com/talks/thomas_thwaites_how_i_built_a_toaster_from_scratch.html

 

 

Baisser le coût du travail

 

Comme dans le cas de la mondialisation, cette idée est lié à la confusion entre ce qui se passe à l’échelle d’une entreprise et à l’échelle d’un état. S’il est possible qu’une entreprise soit obligée de licencier car le coût du travail est trop élevé pour maintenir son activité en France, il est absolument faux de croire que le coût absolu du travail soit en cause à l’échelle macroscopique. Une petite étude rapide permet de tracer un graph avec en abscisse le salaire médian et en ordonné le taux de chômage pour les pays de l’OCDE :

 

correlation_chomage_salaire_median.png

 


 

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas de corrélation positive et que si corrélation il y a elle serait plutôt négative (un coût élevé du travail est corrélé avec un faible taux de chômage). On peut penser d’ailleurs que la causalité est plutôt inverse : les pays où le chômage est le plus faible sont plus productif et ont donc des salaires médians plus élevés. Ce résultat peut paraître contre-intuitif à ceux qui raisonnent en terme de compétition mondiale où des salariés à bas coût viendrait faire une concurrence déloyale aux salariés occidentaux. C’est oublier le principe premier des théories du commerce à savoir que c’est le coût relatif  (c’est à dire le coût de production d’un bien ou d’un service par rapport aux autres biens et services produits au même endroit) qui est important pour déterminer comment seront effectués les échanges commerciaux et non pas le coût absolu. Un pays dont les coûts de production sont tous plus élevés qu’un autre peut très bien exporter certains produits vers un autre pays dont tous les coûts de production sont plus faibles du moment qu’il existe une différence dans les coûts relatifs.

 

La relance pour luter contre la conjoncture

 

Une explication du chômage par la conjoncture économique a été au centre de plusieurs tentatives pour faire baisser le chômage en France. On a tous en mémoire l’expérience désastreuse de la tentative de relance par la consommation après l’arrivée de la gauche en 81. On notera que la tentative de N. Sarkozy de relance par l’investissement en diminuant les impôts a été tout aussi infructueuse (et tout aussi catastrophique pour les finances publiques). Certes il y a actuellement une composante conjoncturelle dans le chômage en France. Mais cette composante conjoncturelle n’est pas à même d’expliquer la persistance d’un chômage élevé depuis 35 ans. Il est donc logique que les politiques de relance aient été globalement infructueuses, d’autant plus lorsqu’elles ont été menées sans concertation avec nos partenaires économiques.

 

Le manque d’expérience des plus jeunes

 

C’est l’idée qui est au cœur de la proposition des emplois-jeunes du parti socialiste. Cette idée est dérivée de l’observation de l’inadéquation entre les offres d’emploi qui pour la plupart exigent une expérience professionnelle significative et un fort chômage chez les jeunes qui n’ont pas l’expérience requise. Le problème c’est que cette explication ne s’applique pas au chômage de seniors. La vrai question qu’il faut se poser c’est pourquoi les entreprises sont aussi exigeantes et si elles ne pourraient pas réduire leurs prétentions ? Si de nombreuses entreprises sont très exigeantes c’est d’une part qu’elle peuvent se le permettre du fait du chômage important et d’autre part du fait des restrictions liées au licenciement. Un licenciement coûte extrêmement cher, comporte de nombreuses incertitudes (un quart des licenciement donne lieu à une procédure des prud’hommes), les employeurs le savent et veulent à tout prix diminuer les risques d’échec de l’intégration des nouveaux employés. C’est à mon avis la raison principale pour laquelle de nombreux employeurs exigent une première expérience réussie. On notera que dans cette optique les emplois jeunes qui sont principalement effectués dans le secteur public ou associatif ne résolvent pas le problème : les employeurs du privé considèrent dans leur immense majorité cette expérience comme trop éloignée des conditions de travail du privé et donc non significative (et de fait les problématiques de productivité, de rentabilité, les habitudes de management sont sensiblement différentes). On peut noter également que si les jeunes manquent d’expérience, ils sont en moyenne mieux formés puisque le niveau d’étude n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies. Cela devrait en partie compenser le manque d’expérience. Le fait que ce ne soit pas le cas montre que ce n’est pas la cause principale du problème.

 

La compétitivité

 

Notre pays serait en déficit de compétitivité et cela expliquerait le chômage ? Le problème c’est d’une part que notre pays absorbe beaucoup d’investissement étranger ce qui montre que l’opinion des investisseurs sur ce point est à l’opposé de celui des éternels déclinistes. Un autre point venant réfuter cet avis, la France est l’un des pays ayant la productivité horaire la plus élevée du monde, supérieure au Japon, aux Etats-Unis ou à l’Allemagne par exemple. Notre compétitivité est donc excellente et n’est pas une explication au chômage.

 

Interdire les licenciements boursiers ?

 

Le concept de licenciement boursier est absolument chimérique. Un licenciement coûte cher à une entreprise. Non seulement à cause des coûts des plans sociaux mais surtout à cause de la perte de compétence associée à la séparation d’un employé. Former un employé pour qu’il soit performant dans son travail prend beaucoup de temps et donc coûte cher. Cet investissement est perdu lorsque l’employé est licencié et même si le fait d’embaucher un employé ayant des qualifications comparables permet de réduire ce coût, il reste considérable car une bonne part de ce savoir-faire est spécifique à une entreprise : maitrise des produits spécifiques à l’entreprises, méthode de travail spécifique, culture d’entreprise, intégration humaine dans le groupe de travail…

Aucune entreprise ne se lance dans un plan de restructuration sans y être contrainte et dans le seul but de réduire ponctuellement ses coûts. Ce qu’il faut comprendre c’est que la direction d’une entreprise est contrainte à toujours anticiper : anticiper les baisses de commandes, anticiper les évolutions technologiques. Contraindre les entreprises à attendre d’avoir réalisé des pertes pour pouvoir licencier c’est les contraindre à être toujours en retard et donc beaucoup moins compétitives. Les résultats financiers d’une entreprises ne sont par définition disponible que pour l’année précédente et ne sont donc d’aucune utilité pour juger de la pertinence de licenciement qui sont basés sur les anticipations de commande de l’année suivante. Il n’est donc pas anormal ni choquant qu’une entreprise annonçant des bénéfices (et distribuant des dividendes à ses actionnaires) puisse dans le même temps annoncer des licenciements, c’est juste que ces deux actions concomitantes sont par nature l’une la constatation d’un fait passé (les bénéfices) l’autre l’anticipation d’une fait futur (des difficultés ou des changements technologiques nécessitant une réduction du nombre d’employés).

Il faut également noter que très souvent lorsqu’une entreprise licencie c’est parce qu’elle fait des gains de productivité : elle produit autant avec moins de personnes. La raison principale de ces gains de productivité est liée aux évolutions technologiques et est une bonne chose. C’est la raison principale de l’augmentation de richesse produite par personne. Vouloir limiter les licenciements à tout prix c’est aussi freiner les gains de productivité et donc les gains de richesse.

 

A suivre...

Publié dans Programme 2012

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