Le chômage (2/X)

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Après un rapide constat et élimination de quelques fausses pistes présentées précédemment, quelles solutions pour lutter contre le chômage ?

L’un des axes majeurs est à mon avis de faciliter la fluidité du travail et plusieurs facteurs peuvent y contribuer.

La fin des restrictions aux licenciements

C’est une mesure à mon avis difficile à faire admettre à une bonne partie de la population mais absolument nécessaire. Il faut que nos hommes politiques soient clairs, aient du courage et fasse preuve de pédagogie sur ce point : La loi ne pourra jamais contraindre un employeur à conserver des employés dont il souhaite se séparer. L’état peut rendre la chose plus difficile, plus conflictuelle, plus douloureuse, plus coûteuse mais au final l’effet le plus important pour les employés sera toujours le même : une perte d’emploi. Mais le fait de rendre la chose plus conflictuelle et plus douloureuse n’est pas au bénéfice de l’employé. Cela l’empêche de tourner la page, de se projeter vers l’avenir et de se mettre efficacement à chercher un autre emploi. L’aspect coût n’est pas négligeable non plus. Certes, le fait de licencier provoque des externalités négatives : l’employé s’il ne retrouve pas de travail dans le même domaine d’activité va subir une perte de compétence qui est négative pour la société en général mais d’un autre coté, le fait d’accorder des indemnités trop importantes peut avoir un effet désinsitatif pour une partie des salariés qui se disent qu’avec cet argent, ils ont le temps de voir venir. De plus cela peut nuire aux chances de survie de l’entreprise et donc mettre en péril les emplois de ceux qui restent.

Je crois surtout que sur ce point il faut arrêter de raisonner uniquement au niveau des grandes entreprises. L’immense majorité des employés le sont par des petites entreprises et la perspective d’un conflit en cas de licenciement est un véritable frein à l’embauche pour les patrons de PME. Cela explique en grande partie les réticences des employeurs à prendre des risques au niveau de l’embauche et en particulier à employer des jeunes. Ici non seulement il y a la perspective du coût élevé du licenciement qui peut faire peur mais également le fait qu’un dirigeant de PME n’a pas de service de ressource humaine, il devra donc gérer un éventuel conflit lui-même ce qui se fera au détriment du développement (ou la sauvegarde) de son activité.

Les licenciements ne doivent donc plus être stigmatisés ni stigmatisant. Ils doivent être considérés comme une partie normale du processus économique, un acte comme un autre de la vie économique et la contrepartie logique à la liberté d’embauche. Il peut être utile de conserver le principe d’une prime de licenciement mais il faut absolument simplifier tout le reste pour rendre le processus de licenciement simple, efficace, sans conflit ce qui profitera à la fois aux employeurs et aux employés. On notera également que le fait de ne pas avoir à indiquer de motif de licenciement rendra celui-ci moins stigmatisant puisque l’employé pourra de bonne foi répondre qu’il ne sait pas pourquoi il a été licencié par son précédent employeur.

Lever ces contraintes permettra également de faciliter l’implantation en France d’entreprises étrangères qui peuvent actuellement être rebutées par la complexité et le coût de ces procédures de licenciement.

Le but principal est bien sûr de lever ce frein psychologique à la création d’emploi en particulier dans les PME.

Agir sur la mobilité géographique

Cette infographie publiée en début d’année par Le Monde, montre clairement que la réalité du chômage est extrêmement contrastée en fonction des régions :
http://www.lemonde.fr/societe/infographie/2011/02/07/les-taux-de-chomage-par-bassins-d-emploi-depuis-dix-ans_1474281_3224.html

Le taux de chômage varie du simple au triple (de 4,9% à Orsay à 17,1% à La Sambre-Avesnois). On voit clairement deux zones de chômage plus important : le nord, nord-est et la côte méditerranéenne.

Ce qui est étonnant c’est que les choses ont peu évolué en dix ans. L’immense majorité des bassins d’emploi ont eu une évolution parallèle à l’évolution nationale et ceux qui avaient un chômage parmi les plus élevé il y a dix ans sont quasiment les même qu’aujourd’hui alors même qu’il y a eu des fluctuations relativement importantes entre-temps du niveau de chômage absolu.

Ici le problème de l’emploi rejoint l’autre problème majeur de la France à savoir l’accès au logement.

Les différences de taux de chômage selon différentes catégories sont à mon avis pertinentes pour expliquer une partie du chômage persistant en France même si les explications peuvent être différentes dans chaque cas. Le chômage touche en priorité les jeunes, les travailleurs proche de la retraite et les femmes.

Pour ce qui est des femmes, dans bon nombre de cas leur lieu de résidence sera choisi à proximité du lieu de travail de leur conjoint car il a en moyenne a un salaire plus élevé ce qui justifie que l’emploi du conjoint masculin soit privilégié dans la majorité des cas pour le choix du lieu de résidence. Cela limite les possibilités de mobilité des femmes et donc leur accès au travail et donc engendre un chômage plus élevé.

Pour les séniors, plusieurs éléments vont jouer. D’une part les séniors sont plus nombreux à être propriétaires de leur logement ce qui compte tenu des droits de mutation en cas de vente de celui-ci (5% du prix du logement) est un puissant frein à la mobilité. D’autre part le coût d’un déménagement est difficile à amortir sur une durée dont on sait qu’elle sera faible : A quoi bon dépenser des sommes non négligeables en déménageant pour retrouver du travail si on sait qu’on sera à la retraite 3 ou 4 ans plus tard, surtout si le conjoint risque de perdre son emploi dans l’opération.

Pour les jeunes, le problème est tout simplement celui de l’accès au logement. Un jeune à qui l’on propose un emploi dans une zone où le logement est hors de porté pour lui, le refusera à coût sûr. C’est probablement l’un des facteurs explicatifs du fort taux de chômage sur la côte d’azur. C’est en tout cas un problème bien connu pour les saisonniers travaillant dans des lieux touristiques.

Enfin, il y a probablement aussi un problème majeur pour les personnes ayant un logement HLM. Compte tenu du délai d’attente pour obtenir un logement HLM, toute personne en occupant un ne peut tout simplement pas se permettre de perdre le bénéfice de ce logement pour déménager à proximité d’un nouvel emploi. Elle refusera donc tout emploi se situant trop loin de son logement.

Certes, il y a déjà eu une action du gouvernement pour tenter de remédier à ce problème : la création de plusieurs dispositif dans le cadre du 1% logement dont peuvent bénéficier les personnes amenées à déménager pour des raisons professionnelles : Il y a plusieurs problèmes à ce dispositif :
-    Il est peu connu, j’ai moi-même pu en bénéficier car j’en ai appris l’existence par hasard peu de temps après mon déménagement, personne ne m’en avait informé (ni le service RH de mon entreprise, ni le CE), ce n’est clairement pas mis en avant par les recruteurs, en gros c’est à chacun de se renseigner et se débrouiller pour faire les démarches nécessaires.
-    Bon nombre des dispositifs ne concernent que les entreprises de plus de 10 salariés (celles qui cotisaient initialement, le gouvernement s’étant substitué aux entreprises pour les entreprises de 10 à 20 salariés). Quand on sait que c’est justement les PME qui créent le plus d’emploi, on voit tout de suite le problème.
-    Le montant n’est pas connu à l’avance, il faut faire un dossier, justifier des frais engagé et seuls une partie des frais sont couverts (et il y a un plafond à la couverture de ces frais).
-    Les dispositifs sont nombreux et complexes, changeants…
-    Certains dispositifs sont liés à une distance minimale de 70 km qui me semble trop élevé, d’autant que c’est la distance entre les lieux de travail qui est prise en compte.

A mon avis l’impact de ces dispositifs est au mieux marginal et en aucun cas décisif pour la majorité des chômeurs qui pourraient trouver un emploi en acceptant de changer de lieu de résidence. L’action réellement efficace serait de faire en sorte que la possibilité de se loger à un coût abordable soit possible partout où des emplois sont disponibles. Cela renvoi donc à la problématique du logement déjà discuté ici.

Enfin je m’interroge sur une possible corrélation entre le chômage et la répartition des lieux de formation. J’ai l’impression que nombre d’étudiants restent pour leur premier emploi à proximité du lieu où ils ont fait leurs études. C’est mon cas par exemple car j’ai rencontré ma femme pendant mes études et j’ai souhaité rester à proximité de son lieu d’habitation après la fin de celles-ci. Les études sont également le moment où se créé un cercle d’amitiés durables dont bon nombre ne voudront pas s’éloigner en choisissant un emploi trop éloigné du lieu de formation.  On peut donc s’interroger sur l’impact de la répartition des lieux de formations sur le chômage et en particulier s’interroger si une décentralisation plus élevée des lieux de formation ne serait pas favorable à l’emploi alors que ceux-ci en particulier pour les universités sont concentrés dans les grandes villes pour des raisons essentiellement historiques. Les étudiants sont en général très mobiles, il pourrait être intéressant de profiter de cette mobilité pour obtenir une meilleure répartition des talents alors que cette mobilité sera moins élevé à mesure que le temps passe et l’enracinement dans un lieu de vie devient plus fort.

Publié dans Programme 2012

Commenter cet article