Le chômage (3/X)

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Je publie avec retard un article que j’avais préparé dans la continuité des précédent et avant l’élection présidentielle. Je voulais le relire à têtre reposé avant de le publier mais mon état de santé ne m’a pas permis de le faire plus tôt…

 

Plus que jamais le chômage est au cœur de l’actualité politique. Pourtant l’un des facteurs que les économistes estiment parmi les plus important pour expliquer le chômage est totalement absent du débat si l’on en juge par les dernières élections et la teneur des discussions actuelles. Je veux parler du SMIC.

 

Le SMIC peut paraitre une bonne idée à priori : empêcher les employeurs d’abuser des employés en les payant très peu cher. Empêcher également que des personnes soient employées à un salaire ne leur permettant pas de vivre décemment. Réduire enfin les inégalités qui sont l’un des facteurs les plus déstabilisateurs de la société…

 

Il y a aussi des justifications économiques :

  1. Si les employés sont payés plus cher, ils ont aussi un pouvoir d’achat plus élevé ce qui soutient la demande des entreprises et l’on peut se retrouver potentiellement avec un cercle vertueux : l’augmentation des salaires augmente la demande ce qui augmente les volumes et donc les recettes des entreprises et justifie à postériori l’augmentation de salaires…

 

  1. Il peut y avoir aussi un effet bénéfique sur le contenu des emplois : si les salaires sont élevés, il devient rentable de remplacer les employés par des machines (substituer du capital au travail) ce qui augmente la productivité et donc permet d’avoir des salaires plus élevés globalement.

 

Mais on peut voir les choses autrement : on peut voir les choses comme une barrière : si tu n’es pas capable de produire au moins 1 400 € de richesses par mois, alors tu n’as pas le droit de travailler car aucune entreprise ne voudra embaucher quelqu’un qui lui coûte plus cher qu’il ne rapporte.

 

Il est difficile de démêler quels sont les aspects prépondérants et quels sont les effets réels, raisons pour lesquels les économistes ne sont pas d’accord entre eux sur ce point. On peut le voir par une critique des points 1 et 2 proposés ci-dessus. Au niveau du point 1, on peut argumenter que l’augmentation des salaires va forcer les entreprises à augmenter leurs prix ce qui empêchera une augmentation des volumes et annulera l’augmentation des salaires. J’ai en mémoire (sans pouvoir justifier d’une  étude précise sur le sujet) que ce serait le cas car par exemple suite aux augmentations de salaires obtenues en mai 68, en un ou deux ans l’inflation aurait annulé l’effet sur le pouvoir d’achat. Pour le point deux on notera que le gain de productivité se fait alors au détriment de l’emploi et n’est donc bénéfique globalement que si une hausse très importante de l’investissement permet de créer d’autres emplois pour compenser les gains de productivité. On peut aussi noter pour le point 2 que tous les emplois ne sont pas substituables par de l’investissement – les médecins ou les infirmières par exemple peuvent difficilement être remplacés par des machines, raison pour laquelle les 35 heures ont eu un effet si perturbant pour les hôpitaux.

 

Pendant un certain temps la hausse du smic a effectivement été compensée par l’inflation, qui elle-même était compensée au niveau du commerce extérieur par des dévaluations successives. Avec la mise en place de l’euro, les dévaluations avec nos principaux partenaires extérieurs ne sont plus possibles et l’inflation est contrainte par la politique monétaire de la BCE… L’ajustement à la hausse du smic par rapport à la productivité ne peut donc plus se faire que par une hausse du chômage.

 

On peut noter que le smic a d’autres effets pervers :

- Il ne s’applique qu’au travail salarié (de même que l’ouverture des magasins le dimanche ou la réglementation du temps de travail). Il y a donc des secteurs où pour outrepasser ces contraintes le travail salarié va être substitué par une sous-traitance agressive à des artisans ou travailleurs indépendants. Ainsi lorsque j’ai acheté il y a quelques années un appartement neuf, j’ai discuté avec le responsable du projet du promoteur (filiale d’un grand groupe coté en bourse) qui se plaignait du peu de fiabilité de ses sous-traitants pour justifier des retards et nombreuses malfaçons. Je lui ai alors demandé pourquoi ils ne faisaient pas d’intégration verticale en employant directement les différents corps de métier nécessaires à la réalisation du projet. Il m’a clairement objecté que le coût serait trop élevé et qu’il était plus rentable de faire appel à des artisans même cela générait retards et malfaçons. Effectivement, les artisans ne sont pas contraints au niveau horaire et salaire et peuvent donc se verser un salaire en dessous du smic horaire pour les moins qualifiés d’entre eux. Si l’on ajoute à cela que le promoteur peut en grande partie laisser assumer à son client le coût des malfaçons et des retards compte tenu de la difficulté et la lenteur des recours juridiques, effectivement le promoteur n’a aucun intérêt à intégrer l’ensemble de la chaine de production.

 

- Bon nombre d’emplois se situent à la limite entre la rentabilité et la non rentabilité. Par ailleurs, la productivité des employés est très variable. Un employeur ne connaît pas à l’avance la productivité d’un employé, il se base pour décider d’embaucher sur une estimation de la productivité des nouveaux employés basée sur les dernières embauches. Si l’employé a une productivité inférieure à celle qu’il a anticipé il a un gros problème : il va lui être difficile de licencier l’employé et il lui est impossible de baisser son salaire puisqu’il est contraint par le smic et les obligations contractuelles. Le moyen le plus simple pour l’employeur pour palier à ce problème est de s’assurer d’une marge de sécurité au moment de l’embauche, c’est à dire n’embaucher que si la rentabilité de la nouvelle embauche est telle qu’elle lui permettra d’être rentable même si le nouvel employé est dans le bas de la fourchette de productivité. Il va donc restreindre ses emplois. Par contre en l’absence de smic, l’ajustement dû à l’incertitude se fera sur le prix et non pas sur le volume : il embauchera à un salaire correspondant au bas de la fourchette de productivité et si le salarié s’avère plus productif il l’augmentera pour éviter que ce salarié très productif ne se fasse débaucher par la concurrence. L’autre moyen pour l’employeur de réduire l’incertitude est de prendre des garanties et donc de ne pas prendre des risques dans ses embauches : éviter d’embaucher des jeunes ou des personnes qu’il considère (à tord ou à raison) comme à risque : personnes issues de banlieues sensibles, personnes ayant un type ethnique différent du sien, personne non qualifié, personne n’ayant pas encore d’expérience professionnelle, personne ayant souvent changé d’employeur au préalable, personne ayant été en conflit avec son employeur précédent, personne au chômage depuis longtemps…

 

- Pour toute une catégorie d’employé qui sont au smic, l’employeur a peu de marge de manœuvre d’augmentation de salaire. Il n’a donc pas beaucoup de possibilité de proposer à ses employés de perspectives d’augmentation de salaire s’ils sont très productifs. Il ne peut jouer que sur le bâton avec la menace implicite de licenciement et d’embauche d’un chômeur à la place. Cela créé des tensions dans les entreprises et probablement un équilibre défavorable où l’employé ne travaille pas très dur car puisqu’il est payé le minimum il va faire le minimum et l’employeur ne veut pas (ou ne peut pas) augmenter les salaire puisque

la productivité est faible. L’absence de salaire minimum provoquerait des embauches à un salaire un peu plus faible mais avec plus de perspectives d’amélioration si le salarié donne satisfaction et donc probablement des relations entre direction et employés moins tendues.

 

Je pense qu’il est utile de souligner ici ce qui ressort de plusieurs conversations que j’ai eu avec des patrons de PME. Tous ont souligné qu’il était contreproductif pour eux de payer des salaires trop faibles. Les différences de productivité entre un bon employé et un employé médiocre sont beaucoup plus élevées que la différence de salaire. Il n’est donc pas du tout rentable pour un employeur de fixer ses salaires dans le bas de l’échelle car il risque de se retrouver à terme uniquement avec des employés à la productivité médiocre ce qui est le moins rentable pour lui.

 

Pour moi le SMIC est donc un facteur important dans le chômage actuel. Un bon moyen de s’en rendre compte est un raisonnement par l’absurde : Si on fixe le SMIC à 10 000 € net par mois, il est évident qu’il y aurait une explosion du chômage (et probablement de l’inflation). Alors existe-t-il un niveau optimum pour le SMIC ? A quel niveau se situe-t-il ? Cette question fondamentale pour traiter la question du chômage est totalement absente des débats politiques. Compte tenu du nombre de chômeurs et de la proportion élevée de personnes payées au SMIC ou juste au dessus, je pense que le SMIC est actuellement trop élevé et que le fait de le baisser pourrait contribuer significativement à la résorption du chômage.

 

Cela pose la question des bas salaires et du pouvoir d’achat des plus pauvres parmi les travailleurs. Une première remarque est qu’il est préférable d’avoir un travail mal payé plutôt que pas de travail du tout, surtout pour les plus jeunes qui n’ont pas accès aux allocations chômages et aux minimums sociaux. Cela fait un revenu certes faible mais préférable à rien. Le deuxième élément qui est à mon avis prépondérant est de constater que si c’est effectivement la limitation des inégalités sociales qui est visée, alors cela ne semble pas très effectif tant le chômage pèse au contraire sur ces inégalités. Par ailleurs le fait de mettre en place un SMIC ne permet pas de limiter les très hauts revenus. Il me semble très important de limiter les inégalités sociales mais le meilleur moyen d’y parvenir ne me semble pas être d’essayer de luter contre les forces de l’offre et la demande d’un marché fût-il celui du travail au moyen d’un décret réglementant les prix. Au contraire, il me semble beaucoup plus efficace d’utiliser une fiscalité fortement redistributive pour cela : taxer les hauts revenus et subventionner les faibles revenus tout en s’assurant que le revenu croisse à mesure que la quantité de travail et la richesse produite augmente. Une sorte de super-prime à l’emploi. C’est déjà en parti ce qui est fait par la prime à l’emploi et les exonérations de charges sur les bas salaires. Il reste que le SMIC semble toujours trop haut et qu’il faudrait donc accentuer ces mesures tout en supprimant le SMIC.

 

J’ai bien conscience que cette mesure est quasiment impossible à mettre en œuvre politiquement. Beaucoup d’électeurs y seraient opposés par idéologie, d’autres très nombreux par intérêt, parce qu’ils sont actuellement payés au SMIC et auraient peur qu’une baisse du SMIC ait un impact direct sur leur salaire (ce qui n’est pas forcément le cas puisque la majorité des employés ont un salaire supérieur au SMIC, seul une portion d’entre eux verraient leur salaire diminuer et pas forcément de manière très significative). Enfin, même parmi les chômeurs et leurs proches qui seraient potentiellement les bénéficiaires de cette mesure, nombreux seraient opposants car ils ont la perspective d’être employés au SMIC et donc ne souhaitent pas que son niveau soit abaissé même si cela favoriserait un retour plus rapide à l’emploi. La gauche y est forcément idéologiquement opposé mais plus curieusement, il ne se trouve personne à droite pour soutenir ce type de mesure, tout le monde semblant croire (ou prenant la pose de croire) que l’état est omnipotent et que la résolution du problème du chômage ne peut pas passer par une réduction ou un changement de forme de l’intervention de l’état. Ce serait reconnaître un échec politique, reconnaître que le chômage est pour une bonne part le résultat de politiques poursuivies sans remise en cause par les gouvernements de droite comme de gauche depuis 30 ans et les hommes politiques sont extrêmement réticents à reconnaître leurs erreurs…

 

Le seul espoir peut-être serait une majorité de droite qui n’aurait plus rien à perdre, qui saurait de manière certaine qu’elle va perdre les élections et qui passerait cette mesure dans l’espoir qu’on lui en fasse crédit à l’échéance électorale suivante – et que le parti gagnant les élections ne remette pas tout de suite après cette mesure en cause. Autant dire que les espoirs sont minces… C’est pourtant l’une des principales raisons qui ont permis de faire baisser le chômage en Allemagne mais je suppose que l’exemple Allemand où la droite a recueilli les bénéfices des réformes douloureuses passées par la gauche sous Schroeder et qui lui ont fait perdre les élections suivantes serait plutôt de nature à dissuader tout homme politique de suivre cette voie.

Publié dans Programme 2012

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