Le Père Noël s’est trompé ou l’une des fabriques du plafond de verre

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

«  Le Père Noël s’est trompé ! » s’est écriée d’une voix pathétique notre fille, 4 ans, en ouvrant son dernier paquet cadeau à noël. Un instant interloqués, nous reprenons nos esprit et investiguons la cause de cette déception. « C’est un jouet pour garçon ! » poursuit-elle. Ah oui ça ! Bon alors l’auteur des faits (moi en l’occurrence) non seulement reconnaît les faits et plaide coupable mais revendique la préméditation et proclame sa ferme intention de récidiver. (Oui, bon d’accord j’en fait un peu trop, voilà ce que c’est que de passer trop de temps sur les blogs de Maitre Eolas et Maitre Mô).

 

Le jouet en question est un engin de chantier transformable (pelleteuse, bulldozer, engin de remorquage…) qu’on peut admirer ici : http://www.smoby.com/no-limit/construction/liste/set-5-vehicules-chantier . C’est effectivement pas le jouet auquel on pense en premier pour une fillette de 4 ans mais c’est voulu et assumé.

 

Quand on regarde le rayon des jouets on est tout de suite frappé par une évidence. Il n’y a pas un rayon mais deux : un pour chaque sexe. Au rayon fille, on va bien sûr trouver les poupées mais aussi la table à repasser, la marchande, la dînette et la cuisinière, les animaux, les maquillages… Le tout de préférence rose bonbon. Au rayon garçon on va trouver les voitures, jeux de construction, engins de chantier, atelier de bricolage, et différentes déclinaisons de pompiers, militaires et policiers.

 

ARGGG AU SECOUR ! Les années 60 sont de retour ! Ben oui la femme au foyer qui se tape toutes les tâches ménagères et se fait belle pour son mari qui de son côté assure toute les tâches techniques et est le seul à avoir un travail rémunéré je croyais qu’on avait dépassé ce stade archaïque depuis quelques dizaines d’années. Et bien non ! Les marchands de jouet (mais ils se défendront probablement en rejetant la faute sur leurs client en disant qu’ils ne font que répondre à la demande) n’ont pas beaucoup évolué. Et c’est pour le moins inquiétant pour l’avenir. On apprend beaucoup en jouant et les schémas mentaux créés ainsi très jeune sont difficile à modifier ultérieurement. Cette répartition des tâche va pour beaucoup devenir normale, naturelle alors qu’il est bien évident que c’est construit dans l’enfance et que cela n’a aucune justification rationnelle.

 

Ce qui est frappant dans l’anecdote d’ouverture c’est de voir à quel point ce schéma est intégré par les enfants eux-mêmes et cela très tôt. L’explication est pourtant très simple : les enfants sont très sensibles à la publicité, ce qu’a rapidement montré la poursuite de notre interrogatoire de la victime : « J’ai vu à la télé chez nounou, c’est des garçons qui jouent avec ce jouet ! » (D’oh, nous qui croyions naïvement avoir enfin trouvé la nounou idéale…). Bon, on a donné quelques explications (ben non c’est pas parce qu’à la télé on ne voit que des garçons avec ce jouet que les filles ne peuvent pas jouer avec) et elle s’est mise tranquillement à jouer, très intéressée par le bras télescopique et le mode de montage des chenilles.

 

Bon me direz-vous, mais quel rapport avec le plafond de verre ?

 

J’ai toujours pensé qu’une des cause les plus importante du plafond de verre dans les grandes entreprises (déficit féminin dans les postes les plus élevés) était le déficit de jeune-filles entreprenant des études d’ingénieur. Alors que bon nombre d’autres formations de très haut niveau (écoles de management, médecine, magistrature…) sont maintenant très largement féminisées, le taux de jeunes filles dans les formations techniques de haut niveau reste désespérément bas à environ 25% (et encore ça dépend des filières, les spécialisations telles que la chimie, l’agronomie et plus généralement les sciences du vivant ont des taux plus élevés que mécanique ou informatique…). Il y une dizaine d’année on parlait de 20 %. Les progrès - s’ils sont avérés et statistiquement pertinents - sont donc maigres ! C’est d’autant plus dommageable que les formations d’ingénieur  fournissent une bonne part des cadres d’entreprise, il n’y a qu’à regarder les statistiques de formation des dirigeants d’entreprise du cac 40, presque la moitié sont passés par une formation d’ingénieur (http://www.journaldunet.com/management/0601/0601118patrons-diplomes.shtml ).

 

Comment expliquer la faible proportion de fille ? Est-ce de la discrimination volontaire ? Je ne le crois pas. Il me semble que les écoles sont maintenant très largement favorable à la présence de jeunes-filles dans leurs effectifs et ne cherchent aucunement à limiter leur proportion. Alors est-ce le fait que les jeunes-hommes ont plus le sens de la compétition que les jeunes-filles et grâce à cela sont plus performant aux concours ? Si c’était le cas ils seraient également beaucoup plus nombreux dans les meilleures écoles de commerce dont la sélectivité des concours n’a rien à envier à celle des écoles d’ingénieur or ce n’est plus le cas depuis de nombreuses années.

 

Non, je crois qu’il y a au moins deux facteurs plus importants :

  • Le premier est le peu d’appétence des jeunes-filles pour les études techniques. Allez proposer à une jeune-fille de 16-18 ans d’entreprendre des études longues et difficiles qui peuvent mener à des métier de responsable de production dans l’industrie ou responsable de bureau d’étude dans une entreprise de mécanique ! Vous aurez peut-être quelques volontaires mais surement pas très nombreuses, l’effet des apprentissages enfantins qui sont encore tout frais vas jouer à plein : la technique c’est pour les garçons. On peut voir un indice de ce facteur dans le fait que les jeunes-filles même lorsqu’elles entreprennent des études technique optent plus fréquemment pour les spécialités associées aux stéréotypes féminin (chimie, agronomie …).
  • Le deuxième est la carence du système de conseil d’orientation en lycée : les filaires d’excellences ne concernant qu’une très faible proportion des lycéens, elles sont très souvent ignorées des conseillers. Ils y penseront d’autant moins pour les jeunes-filles tellement les représentations sont ancrées. Je pense que ce facteur est d’ailleurs également à l’œuvre pour la discrimination sociale qui est également très marquée. Un indice de ce facteur serait la surreprésentation des enfants d’enseignant qui connaissant mieux les filières d’éducation et sont donc plus à même de palier aux carences des conseillers d’orientation – je ne sais pas s’il existe des statistiques sur le sujet.

 

Dernier point important : les postes de dirigeants sont toujours occupés en fin de carrière ce qui veut dire au plus tôt dans la cinquantaine. Même si l’on commence dès maintenant à changer les représentation de nos enfants vis à vis de la technique, il faudra une cinquantaine d’années pour en voir les effets. Le plafond de verre n’est pas près de tomber…

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