Maitre Mô et la violence virale

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Je ne suis pas un lecteur très assidus de Maitre Mô mais jusqu'à présent j'y faisais un tour de temps en temps, en général lorsque qu’Eolas nous signale un article en particulier. Le dernier article à ce jour est particulièrement frappant et donne beaucoup à réfléchir : http://maitremo.fr/2011/01/07/noel/ (attention certains faits peuvent heurter les plus sensible !).

 

Au delà de la qualité de l’écriture de Maitre Mô et du fait qu’une piqure de rappel sur l’existence de cette humanité différente sont toujours salutaire, la conclusion de l’histoire donne à réfléchir. Elle entre également en résonnance pour moi avec un autre document extraordinaire diffusé par France Culture dans le cadre de l’émission sur les docks qui décrit le travail effectué par une équipe de psychiatres pour essayer de prévenir la récidive d’auteurs d’infractions sexuelles : http://www.franceculture.com/emission-sur-les-docks-dans-l-unite-de-prise-en-charge-des-auteurs-d-infractions-sexuelles-ii-preven . On y entend en particulier un témoignage d’au auteur d’infractions sexuels témoignant que lui aussi a été victime dans le passé. Dans les deux cas on voit apparaître une sorte de contagion de la violence où la victime se transforme en bourreau et cela indépendamment de tout désir de vengeance. On voit apparaître ainsi un phénomène viral, une réaction en chaine, un mode de propagation de la violence de type épidémique.

 

Le phénomène de réaction en chaine est extrêmement destructeur, c’est non seulement celui des épidémies mais aussi celui des bombes atomiques. Et dans les deux cas le moyen le plus efficace pour le contrôler c’est d’agir sur la transmission : Dans les centrales nucléaire, c’est à l’aide de barres de contrôles qui absorbent ou freinent les particules nucléaires émises par la réaction. Dans les épidémies c’est les mesures d’hygiène pour éviter les contaminations.

 

Heureusement dans le cas de la violence humaine, cette contagion n’est pas systématique, une bonne partie des êtres humains ont une résilience psychique qui leur permet d’éviter de basculer à leur tours dans la violence mais tout de même, réaction en chaîne il semble y avoir même si elle est amortie par la résilience naturelle des hommes et encore plus des femmes…

 

Cette observation devrait conduire à une action plus efficace et surtout plus généralisée pour limiter la récidive, action du type de celle montrée dans le documentaire de France Culture : plus chaque personne commet d’acte et plus la transmission est importante. C’est un premier facteur pour diminuer la vitesse de propagation. Le coût de ces actions est important mais il devrait être vu comme un investissement. Il doit être mis en rapport avec le coût également très élevé de toutes les conséquences des crimes et délits évités par ce biais, non seulement ceux causé par la personne « traitée » mais aussi ceux qui seraient causés à leurs tour par les victimes non résilientes et toutes le victimes conséquentes…

 

Cette observation devrait conduire également à une meilleure prise en charge et surtout une prise en charge plus systématique de la victime pour tenter de renforcer sa résilience et ainsi éviter qu’elle ne se transforme en bourreau. La justice ne le fait pas actuellement et ce n’est pas son rôle. Le rôle la justice est de protéger la société, punir le coupable et de par cette punition collective éviter d’entrer dans une spirale de vengeance personnelle, pas d’aider les victimes. Il y a donc un manque, une carence dans l’organisation de notre société, un chainon manquant pour stopper l’engrenage de la violence ou tout au moins l’amortir.

 

C’est le premier stade de ma réflexion… Et puis arrive le second où le scientifique qui sommeille en moi se réveille et où ces deux premiers éléments entrent en résonance avec un deux autres :

-         Cet article de Marc Mentré http://www.themediatrend.com/wordpress/?p=3795 qui décrit les difficultés d’un journaliste au proche-orient et le fait que la vision que l’on a est biaisé par la sélection des faits présentés aux auditeurs.

-         La fin de la dernière édition de More or Less l’émission de la BBC qui décortique les chiffres : http://www.bbc.co.uk/programmes/b00x44l1 . Elle y démontre également que l’on peut avoir une vision très fausse d’une réalité par le choix d’un événement ou une série d’événements en choisissant de ne présenter qu’une partie des faits.

 

Et donc je m’interroge : Oui ces quelques cas particuliers semblent démontrer une sorte de contagion de la violence mais est-ce réel ? Est-ce que ce ne serait pas une simple coïncidence qui en ayant marqué plus fortement ceux qui en ont été témoins les a fait ressortir, émerger de la masse des autres cas où l’on n’observe pas cette contagion, masse qui n’étant par rapportée ne nous permet pas de nous faire une idée exacte de la fréquence réelle de ce phénomène ? Existe-t-il des statistiques fiables ? Des criminologues ont-ils fait des études pour chercher si les criminels présentent dans leur passé plus fréquemment que le reste de la population un épisode traumatique violent dont ils ont été victime ? Je n’ai pour l’instant pas trouvé mais il va falloir que je cherche un peu mieux…

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