Pouvoir d'achat, des marges de manoeuvre inexploitées ?

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

En 2007, N. Sarkosy avait réussit à mettre la question du pouvoir d'achat au cœur de la campagne, suivant en cela une bonne partie de l'opinion publique pour qui c'était à l'époque l'une des questions prioritaires.

 

De fait, quatre ans après la situation sur ce point ne s'est pas beaucoup amélioré. Les mesures du gouvernement semblent avoir été en fait ciblées sur quelques catégories de personnes:

- bouclier fiscal puis réforme de l'isf pour les 2% des ménages les plus riches qui y sont astreints,

- baisse des droits de successions pour les héritiers donc les plus de 50 ans vu l’espérance de vie actuelle,

- baisse de la tva sur la restauration qui dans les faits c'est plutôt traduit par un gain de pouvoir d'achat des restaurateurs que de leurs clients,

- défiscalisation des heures supplémentaires qui est une aubaine pour les rares salariés qui ont pu en profiter... mais se fait très probablement au détriment du pouvoir d'achat des chômeurs et a un impact sur les comptes publics (déficit de la sécu...) non négligeable.

 

On peut remarquer que toutes ces mesures se font au détriment des finances publiques et donc du contribuable, on a donc une augmentation du pouvoir d'achat de certaines catégories au détriment des contribuables, pas sûr que l'intérêt général soit respecté.

 

La dernière initiative présidentielle sur le sujet, d'imposer aux entreprises qui augmentent leurs dividendes de verser une prime à leur salariés d'au moins mille euros apparait comme une tentative désespérée pour essayer d'agir à nouveau sur le sujet mais me semble vouée à l'échec pour les raisons suivantes:

- Les deux phénomènes ne sont pas liés: une prime de 1000 euros par employé peut représenter des montants sans commune mesure avec le montant de l'augmentation des dividendes.

- Cela incitera les entreprise à ne pas augmenter les dividendes versés et donc par anticipation à ne pas les baisser en cas de contre-performance, l'entreprise perdra alors une souplesse tout à fait nécessaire dans la rémunération de ses fournisseurs de capital.

- Il est relativement aisé de contourner la mesure par exemple attribuant des actions gratuites en guise de dividende supplémentaire au lieu d'augmenter le dividende nominal...

- A terme cela peut inciter certaines entreprises à délocaliser leur siège social dans d'autres pays d'Europe pour ne pas être astreint à ce genre de mesures.

- Seule une faible partie des citoyens sont concernés puisque l'ensemble de la fonction publique est exclue ainsi que l'ensemble des salariés associatifs, l'ensemble des travailleurs indépendants, l'ensemble des salariés d'entreprises en difficultés ne prévoyant pas d'augmenter leurs dividendes...

 

J'avais par le passé plutôt tendance à penser que le problème du pouvoir d'achat était plutôt secondaire: Je pensais que si les salaires ne progressaient pas c'était principalement du fait de l'existence d'un chômage important qui maintenait les salaires sous pression avec une sorte de chantage latent: si tu n'es pas content de ton salaire actuel, il y a des milliers de chômeurs qui sont prêts à prendre ta place... Dans cette optique, l'objectif principal devrait être la lutte contre le chômage, sa réduction engendrant une augmentation des marges de manœuvre des salariés dans les négociations salariales et donc une augmentation du pouvoir d'achat. Las, quand on creuse un peu plus le problème, il semble que ce ne soit pas si simple. D'abord parce que les possibilités de commerce extérieur rendront probablement toujours possible ce genre de pression déflationniste sur les salaires, tout au moins pour les activités facilement délocalisables. Ensuite, lorsque l'on regarde les causes du chômage, il apparait qu'une partie non négligeable de celui-ci est probablement dû à un smic trop élevé par rapport à la productivité de certaines catégories de population.

 

La question du pouvoir d'achat n'est pas simple. Une posture populiste consisterait à dire qu'il suffit d'augmenter les salaires, en particulier le smic mais dans une économie de marché aux prix libres, ce n'est pas si simple. L'expérience de 1968 montre par exemple que les augmentations de salaires consenties à l'époque ont tout simplement été compensées par une augmentation de l'inflation et au final le salarié n'a pas vraiment gagné de pouvoir d'achat. Les autres conséquences probables d'augmentations massives des salaires nominaux sont également fortement prévisibles: augmentation des délocalisations et du chômage ce qui signifie donc non pas une augmentation du pouvoir d'achat mais un transfert, le gain de pouvoir d'achat des salariés étant en grande partie compensé par la baisse de pouvoir d'achat des nouveaux chômeurs, sans compter le fait qu'une partie de l'augmentation de salaire devra alors être utilisé pour indemniser ces nouveaux chômeurs soit sous forme d'augmentation des cotisations chômage soit sous forme d'augmentation des impôts.

 

Le gouvernement ne semble pas avoir beaucoup de marges de manœuvre. De fait pour augmenter le pouvoir d'achat, il n'y pas 10 000 possibilités: soit on change la répartition de la distribution de la richesse dans la société, soit il faut produire plus de richesse, sait il faut utiliser les richesses produites de manière plus efficace.

 

Le premier point est la base traditionnelle du discours de gauche mais se heurte maintenant à de nombreux problèmes. D'une part une mobilité plus importante du capital en particulier pour les très riches qui fait les beau jours des paradis fiscaux et qui rend les tentatives pour taxer les plus riches au profit des plus pauvres difficiles (mais il reste des marges de manœuvre en France en particulier via un impôt foncier progressif que j'appel de mes vœux ici). D'autre par le fait que même si les riches sont très très riches, ils sont peu nombreux et les "pauvres" beaucoup plus nombreux, donc il faut prendre beaucoup aux riches pour donner un tout petit peu aux pauvres. A titre d'exemple, si on distribuait toute la fortune de l'homme le plus riche de France à l'ensemble des français, cela ne donnerai que moins de 400 € par personne (Bernard Arnault a une fortune estimée à 22,76 milliards d'euros divisé par 60 millions de français), pas de quoi changer vraiment la situation. Cela ne veut pas dire qu'il ne faille rien faire pour réduire les inégalités de richesses et que le fait que certain accumulent des fortunes colossales où touchent des salaires disproportionnés ne pose pas de problème mais simplement que ce n'est pas la solution principale au problème de pouvoir d'achat. Enfin il y a une mobilité également des très hauts salaires comme le montre l'émigration massive des stars du foot ou des traders les mieux payés vers les pays anglo-saxons même si le problème est assez marginal.

 

Le deuxième point est bien sûr souhaité par tous, c'est la fameuse croissance après laquelle courent tous les politiciens. Le problème c'est que la croissance ne se décrète pas. A court terme elle dépend essentiellement de la conjoncture économique internationale sur laquelle les hommes politique ont peu d'influence. Elle dépend aussi des grands leviers économiques que sont les taux d'intérêt de la banque centrale et les taux de changes, levier sur lesquels les hommes politiques pouvaient jouer dans le passé mais ils en ont fait un tellement mauvais usage qu'il a été jugé préférable de les laisser à une autorité indépendante pour le premier et aux marchés pour le second et je ne crois pas qu'un retour en arrière sur ce point soit souhaitable. Il reste une marge de manœuvre pour les hommes politique sur la croissance, c'est d'investir dans les facteurs de long terme de la croissance: capital humain en particulier éducation et formation professionnelle, recherche, infrastructures, efficacité des services publics, respect de l'état de droits, efficacité du système judiciaire... Le problème c'est que l'état agit déjà beaucoup dans ces domaines (peut-être pas encore assez ou de manière pas assez efficace) et que les dividende de ces actions sont à très long terme ce qui est incompatible avec l'impatience des électeurs et le rythme d'évaluation de l'action politique.

 

 

Pour des résultats à court terme, reste alors la troisième possibilité: utiliser les richesses produites de manière plus efficace.

 

La notion de pouvoir d'achat est très subjective pour de nombreuses raisons:

 

- Les gains de pouvoir d'achat sont en moyenne lents, petits. Les périodes où la croissance dépasse les 3% par ans plusieurs années de suite sont exceptionnelles et lorsqu'on soustrait la croissance de la population, le gain de pouvoir d'achat par personne est donc encore plus faible, probablement de l'ordre de 1 à 2 % par an ce qui est déjà énorme: un gain de 2% par an signifie un doublement de la richesse en 35 ans soit une génération. Le problème c'est qu'à l'échelle d'un mandat politique c'est difficilement sensible pour le Français moyen.

 

- Les gains de pouvoir d'achat se traduisent concrètement par des effets qui ne sont pas forcément aisément constatés par les citoyens: Une bonne partie des gains de pouvoir d'achat récents se traduisent dans les faits par un allongement de la durée de vie (concrétisés par une augmentation des charges de financement des retraites), par une amélioration de la santé moyenne, par une amélioration qualitative des biens consommés (les grandes télé écran plat qui sont considérées comme la norme maintenant étaient un produit de luxe il y a dix ans et n'existaient pas il y a 20 ans, la qualité des logement a été très grandement améliorée, les voitures récentes sont beaucoup plus sures, confortables, fiables et performantes que celles d'il y a 20 ou 30 ans).

 

Je crois qu'on peut justement jouer sur cette subjectivité en transformant du pouvoir d'achat faiblement valorisé par les citoyens en pouvoir d'achat plus fortement valorisé. J'ai en tête trois type d'avantage en nature que perçoivent bon nombre de salariés du privé comme du public:

 

- Le 1% logement.

 

- La participation de l'employeur aux frais de repas (subvention de la cantine d'entreprise, tickets restaurant).

 

- Activités de loisir des comités d'entreprise (chèques vacances, billets de train réduit pour les vacances, places de spectacle à tarif réduit...).

 

Ces trois prestations ont en commun plusieurs caractéristiques.

 

- Elles ne bénéficient pas à tous les salariés de manière égale car il y a des conditions. Ainsi par exemple lorsque j'ai acheté mon logement pour la première fois, je n'ai pas pu avoir de prêt immobilier par le 1% car à l'époque c'était incompatible avec le prêt à taux 0 qui était plus intéressant pour moi. Pour le deuxième achat, le prêt était réservé aux primo accédants et donc c'est un avantage dont je ne pourrais jamais bénéficier. Pour les activités sociales et culturelles du CE, il n'est par rare que ce soit orienté vers des activités ne ciblant qu'une catégorie de personnel: Si votre CE a décidé d'utiliser la majorité de son budget pour organiser un week-end sportif ou culturel à une date où vous n'êtes pas disponible, c'est tant pis pour vous. Si vous n'aimez pas le ciné (ou que vous avez des enfants en bas âge qui rendent ce type de sorties moins attractives), les subventions sur les places des cinéma ne vous concernent pas. Au niveau des frais de repas, les restrictions d'utilisation des tickets restaurants conduisent à une surconsommation de service de restauration alors que bon nombre de personne préfèreraient préparer leurs repas elles-mêmes et utiliser l'argent à un autre usage.

 

- Leur gestion est parfois inefficace: les scandales récents sur les organismes de 1 % logement font écho à ceux de la gestion des oeuvres sociales du CE d'EDF et je crois que les prestataires de gestion des tickets de restauration réalisent des marges confortables, la gestion des activités loisir du CE prend un temps non négligeable...

 

- Ce sont pour les personnes qui en bénéficient des dépenses contraintes qui donnent lieu à une surconsommation: Si j'ai une subvention du CE sur les tickets de cinéma, je vais aller plus souvent au cinéma alors que si je recevais l'argent en cash je l'utiliserai peut-être autrement (pour consommer un film en VOD moins cher par exemple), et je ne vais pas ne pas refuser d'en bénéficier car sinon la subvention est perdue. Il y a de plus un effet psychologique bien connu des économistes comportementaux: le fait d'utiliser un bon (ticket restaurant, chèque vacance, place de ciné prépayée) réduit la barrière psychologique à l'achat: On a tendance à dépenser plus facilement car ce n'est pas du vrai argent, sans compter la perte sèche lié à la péremption de ces moyens de payement s’ils ne sont pas utilisés à temps.

 

- La gestion ne correspond pas forcément aux besoins des bénéficiaires, en particulier pour les activités loisir du CE dont les activités sont décidées par des représentants du CE dont les priorités ne sont pas forcément en phase avec celles des autres salariés.

 

On peut noter également que la charge de gestion des activités loisir a tendance à trop mobiliser les représentant de certains CE au détriment des autres rôles des représentants du personnel. Cela joue aussi sur la sélection des membres du CE: certains membres étant motivés uniquement par l'un des aspect de leurs missions (représentation vis à vis de la direction versus gestion des œuvres sociales) et délaissent l'autre rôle.

 

Le fait de contraindre ainsi les citoyens dans leurs dépenses pourraient avoir un sens si la tendance naturelle des personnes était de sous-investir dans ces domaines. Ainsi les mutuelles d'entreprise, assurances vieillesse ou assurances chômage collectives permettent de forcer des citoyens imprévoyants et incapables d'évaluer correctement les risques à s'assurer contre des événements aux conséquences gravissimes. Ici il n'en est rien. Les citoyens consomment spontanément bien assez de logement, de nourriture et de loisir, ils n'ont pas besoin qu'on les force (ou les incite) à en consommer plus.

 

La deuxième raison qui pourrait pousser à maintenir ces avantages en nature serait de dire qu'ils contribuent à une certaine justice sociale, en général tous les employés ont les mêmes droits sur ces prestations quel que soit leur salaire... Sauf que les règles d'attribution font que certains en profitent plus que d'autres, par exemple il n'est pas sûr que le 1% logement avec ses prêts d'accession à la propriété profite plus aux plus démunis qui n'ont pas les moyens d'investir dans leur logement et ne soit pas une aubaine pour certains salariés aisés qui auraient de toute façon eu les moyens d'investir dans l'immobilier. De même pour les activités de loisir du CE, certains employés sont des cumulards qui participent à toutes les activés (et d'ailleurs en général passent une partie non négligeable de leur temps de travail à se renseigner sur ces activités) tandis que d'autre ne prennent pas la peine de se renseigner et ne participent quasiment jamais, et j'ai des raisons de penser que la deuxième catégorie ne concerne pas forcément les salariés les plus aisés. De plus rien n'interdit en cas de distribution en cash des montants correspondant d'opter pour une répartition égalitaire ou progressive.

 

Enfin ces mécanismes d'avantages en nature faussent le marché du travail car ils sont difficile à évaluer: Combien de salariés se renseignent sur le montant de la prime naissance du CE avant d'accepter un poste? Comment évaluer le montant des activités loisir du CE? Comment valoriser le 1% patronal dont les modalités peuvent être différent d'une entreprise à une autre (voire ne pas exister pour les plus petites entreprises)... Ils concourent donc théoriquement à une mauvaise allocation des ressources sur le marché du travail.

 

Je suis donc d'avis de supprimer ces mécanismes complexes et inefficaces et en lieu et place de donner la possibilité aux entreprises qui le souhaitent et après validation par un vote des employés sur de sujet de remplacer ces prestations par un versement en cash directement aux bénéficiaires des montants correspondants. Chaque salarié pourrait ainsi dépenser ce pouvoir d'achat masqué comme bon lui semble en maximisant l'utilité à ses yeux. Je n'ai aucun doute que la majorité des entreprises et des salariés choisissent alors cette option, les entreprises car elles sauront que cela donnera une bouffé d'oxygène financier à leurs employés et les employés car dans leur immense majorité ils préfèreront du cash à des prestations en nature dont le bénéfice est aléatoire. Reste bien sur qu'il y aura quelques perdants dont le lobbying risque malheureusement d'être rédhibitoire: syndicats dont la lucrative gestion des œuvres sociales des CE est une source indéniable de pouvoir, restaurateurs qui bénéficient très largement du système de tickets restaurant et organisme de gestion de 1% logement... C'est beaucoup plus facile pour un gouvernement de s'en prendre aux actionnaires des entreprises même si c’est beaucoup moins efficace!

Publié dans Programme 2012

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