Quand les garagistes français se comportent comme des gynécologues américains !

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Le Monde publie aujourd’hui sur son site plusieurs articles dénonçant l’augmentation des coûts de réparation et d’entretien en France depuis 10 ans et annonçant que l’Autorité de la concurrence va se saisir du dossier (http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/07/04/automobile-les-tarifs-des-reparations-et-de-l-entretien-denonces_1544753_3234.html#ens_id=1531943 ). Il est en particulier mis en évidence une augmentation des coûts de réparation et d’entretien de l’ordre de 35% alors que cette hausse représente deux fois et demi l’inflation et que le prix des voitures neuves a augmenté de 8% sur la même période . Et l’article (ainsi que l’Autorité de la concurrence ) de dénoncer le manque de concurrence pour expliquer cette hausse tout à fait injustifiée…

 

Sauf que l’argument présente un défaut très notable : le manque de concurrence dans le secteur de la réparation automobile n’est absolument pas nouveau, il n’y a donc aucune raison que la situation se dégrade plus maintenant… d’autant que l’article indique justement qu’une loi de 2002 a augmenté cette concurrence en permettant aux automobilistes de conserver les bénéfices de leur garantie même s’ils ne faisaient pas entretenir leur véhicule chez un concessionnaire indépendant du constructeur du véhicule.

 

Cette situation m’a rappelé une étude sur les gynécologues américains qui montrait que la baisse du taux de natalité dans les années 70 qui constituait une baisse de revenu pour les gynécologues avait conduit à une hausse des césariennes qui étaient plus rémunératrices pour eux (mieux remboursées et prenant moins de temps) http://www.nber.org/papers/w4933 . Ici aussi, on est en face d’une réduction drastique de l’une des activités principales des garagistes à savoir la réparation des voitures accidentées : Si l’on en croit d’ONISR, le nombre d’accidents corporels est passé en dix ans (1999 – 2009) de 124 524 à 72 315, soit une baisse de … 42% !!!

 

Hors les garagistes se trouvent exactement dans la même situation que les gynécologues : ils ont une expertise technique que le client peut difficilement contester et ils interviennent dans un domaine où la sécurité est importante. Si votre garagiste vous dit qu’il faut changer les freins, vous avez tendance à le croire et ne pas atteindre... de même qu’une femme enceinte aura des difficultés à contester la décision d’un gynécologue de pratiquer une césarienne. Vous pouvez aussi demander un deuxième avis mais c’est difficile. Pour un véhicule en panne ou accidenté c’est quasi-impossible car cela imposerait d’organiser le transfert d’un garage à un autre avec les coûts associés etc… Pour les réparations c’est également compliqué, cela implique un délai supplémentaire et surtout une indisponibilité plus longue du véhicule alors que la plupart des personnes ont impérativement besoin de ce véhicule au quotidien… Bref ici comme pour le gynécologue, la plupart du temps vous êtes obligés de faire confiance à votre garagiste qui peut largement en abuser pour vous facturer des réparations non nécessaires ou profiter de ce que le véhicule est immobilisé chez lui pour gonfler la facture… Et donc la hausse des coûts d’entretiens et de réparation est probablement un dommage collatéral de la baisse des accidents de la route, les garagistes ayant simplement profité de l'asymétrie de l'information pour éviter une baisse de leurs revenus au détriment des consommateurs.

 

PS. Ce blog a été inactif pendant longtemps pour raisons de santé en particulier une modification de mon traitement. J’espère pouvoir l’alimenter un peu plus souvent à l’avenir si l’amélioration en cours se poursuit.

Publié dans Economie

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