Quel avenir pour l’industrie culturelle à l’heure du numérique ?

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

L’évolution séculaire des métiers liés à la culture s’accélère actuellement fortement sous l’effet du développement des technologies numériques. La réaction des principaux intéressés – essentiellement l’industrie de l’édition culturelle - est forte et violente mais foncièrement inadaptée faute de diagnostic approprié. Ce qui est actuellement en train de se passer pour l’édition de livres est particulièrement déplorable vu qu’ils sont directement en train de reproduire les erreurs commises par l’industrie musicale il y a quelques années. Revue des erreurs et quelques pistes de solutions.

 

Note : pour ceux qui connaissent bien le sujet, la partie vraiment personnelle de l’analyse est plutôt en fin d’article, ne vous laissez pas décourager…

 

Le piratage n’est pas spécifique à l’ère numérique.

 

La première erreur commise est de considérer le piratage (terme que je vais employer par simplicité mais le terme de copie illégale serait plus judicieux, on peut aussi parler de contrefaçon… et je vais l’employer dans un sens beaucoup plus général que le sens courant à savoir la consommation de produits culturels sans payer de droits) est quelque chose de nouveau et lié à l’apparition du numérique. C’est un des travers pris par l’édition musicale alors qu’on n’a certainement pas attendu le numérique pour cela. A titre personnel mon adolescence s’est déroulé bien avant l’ère numérique mais l’essentiel de ma culture musicale s’est bâti à l’aide de copies pirates : cassettes échangées entre copains, vinyles et CD empruntés dans les médiathèques et recopiés sur cassettes puis CD gravables. Je n’ai jamais vraiment su à l’époque précisément si c’était légal (après tout j’avais payé des taxes sur les supports vierges…) et suppose maintenant que ce ne l’était pas. On peut déduire plusieurs conclusions de cette expérience sur la musique qui est antérieure à l’ère numérique mais partage avec le phénomène actuel beaucoup de caractéristiques :

-         La grande majorité de la musique que j’écoutais à l’époque était des copies pirates.

-         Cela ne m’empêchais pas d’acheter de la musique et même d’en acheter beaucoup plus que le français moyen – j’ai actuellement environ 200 CD / K7 originaux, cela m’étonnerait beaucoup que la discothèque du français moyen comporte beaucoup plus de 50 titres.

-         Une bonne part de ces copies ont été réalisées par des interactions personnelles avec des amis que je connaissait personnellement et étaient donc très largement invisible pour les ayants droits et les forces de l’ordre chargés de luter contre la contrefaçon.

-         Cette pratique a largement diminuée avec l’âge pour de très bonnes raisons :

§       mes capacités financières ont largement augmentées rendant l’offre légale plus accessible (10 euro l’album c’est beaucoup plus accessibles pour un trentenaire que ne l’était un album à 20 euros pour un ado).

§       La copie pirate nécessite plus de temps que l’offre légale et lorsqu’on entre dans le monde du travail, que l’on a des enfants, on a beaucoup moins de temps à consacrer à ça.

§       Le nombre de personnes avec lesquelles je suis susceptible d’échanger de la musique dans mon entourage a très fortement diminué. L’environnement scolaire même dans les études supérieures était très favorable, l’environnement de travail infiniment moins ! Il y a moins de personnes et les contacts sont moins fréquents.

 

Le phénomène de piratage n’est donc pas nouveau, l’ère numérique a simplement facilité les choses (pour enregistrer un vinyles sur cassette faut passer le vinyles en entier, en faisant gaffe aux changements de face et fins de cassettes…), l’a rendu plus visible (ça passe par des réseaux publiques alors qu’avant c’était essentiellement des interactions privées) et probablement plus populaire.

 

Au niveau du livre et de la vidéo, les choses étaient plus compliquées mais la consommation gratuite ou à coût réduit tout aussi possibles : prêts de livres et de cassettes vidéos par des amis, emprunts dans des médiathèques, achat d’occasions… Et pour les livres, les photocopies étaient déjà un moyen de piratage même si pas très pratique et essentiellement réservés à un usage éducatif ou professionnel.

 

La deuxième erreur fondamentale qu’a commise l’industrie du disque et que l’industrie du livre semble s’apprêter à reproduire concerne la croyance dans la fiabilité des DRM.

 

Soyons clair dès le départ, les DRM ne seront jamais efficace à 100%. Au mieux il rendront la copie plus difficile, coûteuse et avec une dégradation de qualité mais JAMAIS il ne la rendront impossible. La raison simple de ce phénomène est qu’il faudra toujours permettre aux usagers de l’offre légale la possibilité de jouir de l’œuvre qu’il ont acheté : regarder et/ou écouter le produit. A partir du moment où un humain a accès à l’œuvre, il aura toujours la possibilité de la dupliquer du fait de la disponibilité et du faible coût du matériel d’enregistrement numérique. Copier un enregistrement musical protégé par DRM ? Très simple, vous branchez la sortie audio de votre ordinateur sur l’entrée audio d’un second. Copier un livre numérique ? Au pire, vous pouvez faire une photographie page par page de votre tablette avec un appareil photo numérique. Copier un film ? Un caméscope numérique vous permet de filmer la diffusion que vous êtes en train de visionner. A partir du moment où c’est accessible à un être humain, ça sera toujours accessible à un capteur numérique capable de la dupliquer. C’est plus ou moins facile, la qualité est plus ou moins dégradée mais c’est toujours possible et vu le faible coût et les enjeux économiques, il y aura toujours quelqu’un pour le faire au moins sur les produits les plus populaires, soit pour bâtir un commerce illégal, soit simplement parce qu’une armée d’adolescents avide de produits culturel et aux moyens financier limités a beaucoup de temps disponible pour cela.

 

La troisième erreur qui est en train d’être commise est la croyance qu’on peut stopper la diffusion des œuvres piratées.

 

Surveiller les réseaux p2p, faire supprimer les contenus illégaux par les hébergeurs, faire fermer les serveurs pirates… Tout ceci est peut-être utile pour rendre l’accès aux copies pirates un peu moins facile mais elle n’empêchera jamais leur diffusion. Avant l’ère numérique les copies pirates circulaient déjà très largement et cela sans sites publiques. Le numérique et les sites publiques ont permis une explosion du phénomène et il ne sera pas possible de revenir en arrière. D’une part parce que la fermeture d’un site public ou d’un moyen d’échange provoquera toujours la création d’un autre qui le remplaceront très rapidement, les ayant droit ayant toujours un temps de retard compte tenu des délais légaux. D’autre part, il sera toujours possible d’utiliser des moyens d’échange privés indétectables à moins d’atteintes graves aux libertés.

 

Quatrième erreur : brider l’utilisateur dans son utilisation.

 

Les DRM limitent forcément les possibilité de copie de l’utilisateur ce qui pose de nombreux problèmes :

-         L’utilisateur n’a pas la liberté du support utilisé pour jouir de l’œuvre qu’il a acheté alors que les matériels sont de plus en plus multifonction et l’utilisateur demandeur de pouvoir avoir accès au contenu qu’il a acheté légalement sur l’ensemble des outils numériques en sa possession.

-         La possibilité de sauvegarde est par définition nulle ou limité : l’utilisation n’est donc pas sécurisé pour l’acheteur, en cas de perte ou de casse du matériel, il perd non seulement le matériel mais aussi tout le contenu.

 

Ces élément constituent un blocage majeur. Je n’ai jamais acheté de musique numérique tant qu’il y avait des DRM pour ces raisons précises, et j’ai commencé à en acheter lorsque ces limitations ont disparu. Le livre numérique est largement parti pour réitérer ces erreurs…

 

Ces limitations sont une incitation très grande à se tourner vers l’offre illégale qui n’est pas sujette à ces contraintes.

 

Cinquième erreur : la communication sur la rémunération des artistes

 

L’argumentation principale des éditeurs pour justifier leur lute contre le piratage et le maintient des prix élevés des biens culturels s’appuie sur le fait qu’il faut rémunérer les artistes pour leur talent. Cette argumentation se heurte à mon sens à deux obstacles majeurs :

·        Le fait que la rémunération des artistes ne constitue qu’une très faible partie du prix de vente. 10% par exemple pour les livres, 15 à 25% pour les disques d’après les chiffres qui circulent sur le net. Ce fait est connu des acheteurs et ils savent donc qu’une bonne part de l’argumentation des éditeurs mettant en avant les artistes n’est qu’un prétexte pour cacher leurs propres intérêts.

·        Le fait que certains de ces artistes sont notoirement très riches.

 

En bref, on peut douter de la motivation d’un adolescent a aller bosser une ou deux heures chez McDo pour pouvoir donner 1 à 2 euros à une star multimillionnaire en achetant son album légalement.

 

Les consommateurs ont parfaitement conscience que le numérique a constitué un formidable gain de productivité dans la production et la distribution de contenu culturel. Il en a conscience car cette production lui est devenu accessible : un ordinateur, quelques micros et une salle insonorisée sont suffisant pour produire de la musique, un caméscopes et un ordinateur pour faire un film, un ordinateur pour écrire un livre (bon après il faut le talent aussi… c’est une autre question). De même la diffusion et la distribution sont devenu accessibles : une connexion internet, un serveur avec un peu d’espace disque (compris en général dans la connexion internet ou disponible gratuitement) et c’est disponible pour les consommateurs. Les consommateurs voient donc bien que les marges que veulent conserver éditeurs et distributeurs ne sont pas justifiées et ils attendent une baisse très importante des prix, compensée pour les artistes par une augmentation des volumes et de la part du prix de vente leur revenant, ce dernier point étant crucial pour augmenter l’acceptation des clients à payer pour le contenu.

 

Sixième erreur : la probable fusion des fonctions d’éditeur et de distributeur

 

Ici le numérique apporte un changement majeur. Tant que les produits culturels étaient sur des supports physiques, il n’était pas envisageable pour les éditeurs de distribuer directement leurs produits : il fallait un lieu physique et il fallait que ce lieu propose une très large part de l’offre de produits culturel car il était indispensable pour l’utilisateur de maximiser ses chances de trouver un produit correspondant à ses besoins en un seul endroit compte tenu du coût (financier, en temps, psychologique) de visiter plusieurs lieu. Ces lieux étaient forcément très nombreux du fait de leurs capacité d’accueil limités et de la dispersion géographique des consommateurs.

 

Avec l’avènement du numérique les choses changes foncièrement : on a une très forte concentration des lieux de vente : un seul lieu (un seul site internet) peut accueillir un nombre illimité de clients (du moment qu’il est géré correctement et que le dimensionnement des installation suit la monté en charge du nombre de clients). Mieux, les coûts associés à la distribution étant en grande parti des coûts fixes, plus il y a de clients et plus le coût par client est faible. La concentration est donc inévitable.

 

D’autre part la concurrence est forcément très vive entre distributeurs : la concurrence n’est pas distante et ne nécessite qu’un effort très minime pour être accessible : trois clics et vous y êtes (si le site est conçu correctement et correctement référencé).

 

Les barrières à l’entrée pour créer un nouveau distributeur ne sont pas élevées. Dans la mesure ou l’on abandonne les DRM, la création d’un site de vente de produits numériques n’est pas difficile, c’est la création d’un site marchand, accessible pour un investissement relativement limité au départ pour la partie technique (développement du site, mise en place de solution de payement sécurisé). La partie référencement et marketing (le fait d’attirer suffisamment de clients) est plus délicate mais pas insurmontable.

 

L’espace de vente n’est plus limité : l’auteur n’aura plus forcément besoin d’un éditeur dont la réputation était auparavant nécessaire pour lui garantir l’accès à un espace dans les lieux de distribution.

 

Les conséquences de ces faits sont les suivantes :

·        Du fait de la structure des coûts essentiellement fixes dans la distribution, il va se constituer des monopoles ou des oligopoles dans la distribution. Ces monopoles / oligopoles seraient en mesure de part leur poids d’imposer des marges importantes.

·        Pour lutter contre les oligopoles coté distribution et retirer une part plus importante du prix de vente et compte tenu du faible coût de développement d’un site de vente, les éditeurs vont être incités à commercialiser eux-mêmes directement leur contenu. C’est par exemple déjà le cas pour Deutche Grammophon.

·        Les distributeurs vont chercher pour se différencier à s’arroger l’exclusivité de la distribution d’une œuvre et pour cela vont aller négocier directement avec les auteurs, devenant éditeurs de fait. Ils disposent pour cela d’une marge de manœuvre importante car il leur est possible assez facilement de proposer aux auteurs une part plus importante du prix de vente.

 

On va donc avoir probablement une très forte convergence entre éditeur et distributeur. Les éditeurs devraient s’y atteler en développant eux-mêmes une vente directe adaptée aux besoins du consommateur le plus tôt possible sinon la consolidation à venir se fera à leur dépend comme c’est en train de se passer pour la musique.

 

Septième erreur : La baisse de rémunération ne fera pas baisser la production artistique.

 

Les éditeurs claironnent que l’avènement du numérique et le piratage vont tuer la création culturel et cela par deux arguments :

·        La baisse de rémunération des auteurs suite à la baisse des ventes dû au piratage va dissuader les auteurs de continuer à créer.

·        Les marges réalisées sur les artistes connus / ayant du succès servent à financer les artistes inconnus et les échecs commerciaux.

 

Ces arguments purement économiques ne semblent pas pertinents et semblent invalidés par les faits :

·        La production de musique par exemple n’est pas du tout en baisse. Il suffit de voir l’immense offre de musique gratuite de la part d’artistes amateurs qui est disponible.

·        La motivation principale des artistes n’est pas économique. Si elle était économique, cela ferait longtemps que la production de roman aurait cessé : l’écriture d’un roman correspond à une effort considérable et les chances de gain sont beaucoup trop réduites pour justifier rationnellement un investissement personnel dans un projet aussi aléatoire. La motivation principale est d’ordre supérieure : le fait que l’activité artistique est satisfaisante en soit, indépendamment de tout objectif économique. S’il est possible d’en vivre, alors tant mieux et l’on va persévérer d’autant plus, améliorer la qualité, y consacrer plus de temps mais ce n’est pas la motivation première. La production artistique continuera donc même si elle n’est pas rentable financièrement. La seule conséquence éventuelle d’une baisse de rémunération des auteurs est une baisse de qualité.

·        La quantité de production artistique est déterminé par d’autre facteurs que la rentabilité économique attendu. L’un des facteur est le temps disponible pour ces activité et la société moderne offrant beaucoup de temps de loisir est très favorable à la production artistique – pas facile de fonder un groupe de musique quand vous travaillez 12 heures par jour 6 jours par semaine, c’est déjà plus facile actuellement. Le deuxième est l’accessibilité économique des moyens nécessaires : pas facile de devenir écrivain lorsque le papier est fabriqué à partir de peaux de mouton tannées qui chacune valent une fortune… C’est beaucoup plus facile actuellement. De même l’arrivé du numérique a rendu la production musicale et vidéo potentiellement accessible à tout le monde dans les société occidentales.

 

La conclusion c’est donc qu’on va plutôt assister à une explosion de la production artistique quitte à voir une baisse de la qualité.

 

 

Après avoir passé en revu les erreurs de l’industrie culturel, voyons maintenant les solutions possibles :

 

Le développement d’une offre adaptée aux demande du consommateur

 

La première chose à faire c’est d’occuper le terrain : ne pas laisser les coudées franches aux distributeurs et aux offres pirates. Pour cela il faut développer une offre adaptée de vente directe aux consommateurs :

·        A un coût compétitif, dont le prix correspond aux attentes de baisse des prix des consommateurs. Le livre numérique semble complètement à coté de la plaque pour l’instant, il faut au minimum diviser les prix par deux par rapport à un support physique. Les gains de productivité de la distribution numérique le permettent et cela sans baisser les rémunération des auteurs dont la part doit donc augmenter.

·        Sans DRM – sans contraintes pour l’utilisateur ayant acheté légalement l’œuvre.

·        Disponible en même temps que les supports physiques.

·        Commercialisé directement pour éviter les frais d’intermédiaires qui ne sont plus justifiés.

·        Avec des formats ouverts permettant une utilisation sur tous les équipements.

·        Avec un site de vente simple, sécurisé et ergonomique : un achat en trois clics – conservation des paramètres de payement d’une visite à la suivante… Il est indispensable que le payement ne soit pas une contrainte supplémentaire par rapport à l’offre pirate.

·        Avec une possibilité suffisante de voir l’œuvre avant achat : pré-écoute de musique en streaming non limité à 30 secondes, possibilité de feuilleter un livre numérique avec des extraits conséquents.

·        Oublier l’idée d’abonnement global : l’utilisateur ne vas pas s’abonner à tous les éditeurs de contenu et ne va jamais accepter d’être limité dans sa consommation de produits culturels par le catalogue de l’éditeur auquel il est abonné.

 

 

Un changement de modèle marketing est nécessaire et possible – l’exemple des jeux vidéos

 

L’industrie du jeux vidéo a probablement été la première à être confrontée au piratage massif. J’ai quelques souvenirs de programmes pirates sur amstrad cpc 6128 tout à fait mémorables. Sa réaction a bien sûr été de sécuriser les supports physique avec des DRM mais ça n’a jamais empêché le piratage. La réaction des studios de jeux vidéos a été la suivante :

·        Changer de cible marketing : alors qu’il y a quelques années la cible principale des éditeurs de jeux était les adolescents, la cible principale est maintenant les trentenaires : Ils ont des moyens financiers beaucoup plus élevés, beaucoup moins de temps pour chercher des copies pirates et beaucoup moins d’amis susceptibles de leurs fournir les copies pirates ou les adresses de sites pirates. Le contenu des jeux a été adapté à cette cible plus mure… Question musique de ce coté, tout reste à faire et la demande est loin d’être satisfaite.

·        Limiter la production mais avoir une production d’une bien meilleure qualité. Il n’y a pas de milliers de jeux développés chaque années comme dans l’édition ou la musique.

·        Viser la vente de cadeaux de noël. L’offre de cadeau répond à une autre logique que l’achat personnel et les consommateurs sont plus enclins à payer pour du contenu de qualité dans ce cadre. Mais là encore l’offre doit être adaptée à ce cadre (date de sortie, qualité, présentation, possibilité de payer du contenu pour un tiers…).

·        Avoir une politique de prix très fortement décroissante en fonction du temps : Un jeux neuf coûte au minimum 30 euros à sa sortie lorsque la version pirate n’est pas disponible, on le trouve à moitié prix une année plus tard et pour quasiment rien deux ans après.

·        Développer une offre de moins bonne qualité mais beaucoup moins chère : en général on trouve ça sous forme de compilations regroupant un grand nombre de jeux simples pour un prix modique.

 

La concurrence des versions pirates n’est pas une fatalité, même pour des clients ayant eu pour habitude d’utiliser des versions illégales. Il existe un prix en dessous duquel le client ne réfléchit plus avant d’acheter et s’il n’y a pas de DRM et un site facile d’utilisation (l’achat en 3 clics), il ne prendra même pas la peine de chercher une version pirate dont il suppose pourtant l’existence : la garantie de qualité, la justification du prix par une part conséquente reversé à l’auteur, la facilité d’accès et d’utilisation justifieront le prix à ses yeux. Pour moi ce prix doit être vers 5 euros (pour un album, un livre, un film). Il y a donc encore des efforts à faire, mais quand on passera en dessous de ce prix psychologique, les volumes feront plus que compenser la baisse de prix et je suis sûr que mon budget mensuel pour la culture sera au final plus élevé lorsqu’on sera à ce niveau de prix.

 

Certains utilisateurs sont près à payer pour la qualité mais il faut une offre adaptée.

 

On a vu que le développement des outils numérique a rendu accessible au plus grand nombre la possibilité de devenir producteur de contenu culturel. Il y a donc une explosion de l’offre. Cette explosion n’est pas nouvelle, dans l’édition de livre par exemple, la baisse des prix d’impression avait déjà fait exploser l’offre de livre au point qu’il est impossible de lire tous les livres publiés chaque année. Cette explosion de l’offre se fait au détriment de la qualité moyenne. Rien à faire, tous les auteurs publiés chaque année ne sont pas les nouveau Sartre ou Camus. Face à cette déferlante de production, qui va probablement s’amplifier avec la dématérialisation des œuvres, le consommateur a besoin d’aide, de repères. Il ne peut pas tout lire, tout écouter, tout voir. Les éditeurs n’ont pas tenu compte de cette contrainte et du besoin des consommateurs de sélectivité. Confronté à une réussite aléatoire la réaction des éditeurs a été de multiplier les publications pour augmenter leurs chances de décrocher un best-seller dans un environnement très concurrentiel, quitte à en rabattre sur la qualité. Cette stratégie n’est pas pertinente et a conduit à ce que la marque, ce qui est associé à la qualité de l’œuvre soit uniquement le nom de l’auteur. J’ai été, passé un temps (moins maintenant mais ça peut revenir) un gros consommateur de contenu culturel (livres, disques, film) et pourtant les seules marques culturelles ayant une quelconque signification pour moi sont Deutche Grammophon (pour le classique que j’écoute très peu) et la pléiade pour les livres… dont je ne possède pas un seul exemplaire (vi on trouve plus de poches dans ma bibliothèque). Les rares fois où j’ai essayé d’acheter un livre parce qu’il était issu du même éditeur qu’un livre que j’avais bien aimé j’ai été très déçu !

 

Alors pour moi la stratégie des éditeurs devrait être claire : plutôt que de tout publier en espérant que dans le lot il y ait le prochain bestseller, il faut mieux bâtir des marques fortes, en étant très sélectif, très exigeant sur la qualité pour être sûr que la collection soit cohérente et que les clients qui ont acheté les publications précédentes ne soient pas déçu par la nouvelle publication et puissent l’acheter quasiment les yeux fermés, quitte à multiplier les collections pour que chaque collection colle à type de consommateur particulier. Il faut être exigeant y compris envers les auteurs que l’on a déjà publié : combien de fois, en particulier dans les romans policiers, j’ai été déçu d’un livre d’un auteur que j’avais déjà lu car j’avais l’impression que la trame était trop proche d’un opus précédent… Il ne faut pas céder à la facilité et les consommateurs seront fidèles. C’est comme dans un bon restaurant où il faut mieux refaire un plat raté quitte à faire attendre le client plutôt que d’envoyer un plat médiocre et fusiller sa réputation.

 

Les consommateurs dans ce cas seront fidèle et près à payer relativement cher pour avoir rapidement la dernières sortie de la collection Untel car ils sauront qu’ils ne seront pas déçus. Il faut recréer la rareté par la sélectivité.

 

Les éditeurs ont pour répondre à ce besoin tous les éléments nécessaires : réputation et savoir-faire. Il faut simplement qu’il changent de point de vu : leur valeur ajouté dans l’industrie culturelle n’est pas dans la publication d’œuvre d’artiste connus mais dans la découverte et la mise en avant d’artistes peu connu mais de qualité.

 

Le développement du payement par souscription ?

 

Pour les artistes qui ont déjà bâti une bonne réputation, ont un public suffisant et fidèle, le modèle économique de la souscription me semble pertinent. Il permet un financement de l’œuvre pendant son développement et fait échec au piratage du fait que le payement se fait avant la diffusion. Je suis certain que bon nombre de consommateurs sont près à souscrire à ce mode de financement. Je serais par exemple tout à fait près à donner 10 euros pour que Ghinzu prépare un nouvel album. Il y a tout de même quelques détails à régler (et le diable se cache dans les détails…) : que se passe-t-il en cas d’échec du projet (panne d’inspiration, séparation du groupe pour la musique…) ? Que se passe-t-il si le montant collecté est supérieur ou inférieur à ce qui est nécessaire ? Certains artistes n’auront-il pas moins de pression pour finir l’œuvre que dans le cadre d’un contrat avec un éditeur ? Je suis sût que l’on peut trouver des réponses pragmatiques à ces questions, par exemple en faisant en sorte que les souscripteurs ne payent qu’une partie du prix à la commande...

 

C’est en tout cas un modèle à expérimenter sérieusement et qui a déjà été utilisé... par exemple pour l’encyclopédie de Diderot : http://fr.wikipedia.org/wiki/Encyclop%C3%A9die_ou_Dictionnaire_raisonn%C3%A9_des_sciences,_des_arts_et_des_m%C3%A9tiers .

 

Conclusions :

 

Ce que je vois se dessiner c’est :

  • Une offre pirate qui ne pourra jamais être complètement exclue mais dont la part dépendra fortement de l’adaptation de l’offre légale à la demande des consommateurs.
  • Une offre gratuite de la part des nombreux amateurs ou futur professionnels non encore reconnus mais de qualité médiocre ou très inégale.
  • Une offre payante peu chère et/ou avec une forte dégressivité temporelle de prix pour les artistes connus avec une fusion des fonction d’éditeur et de distributeur et peut-être le développement d’un financement par souscription.
  • J’espère le développement de marques forte, de qualité avec une très forte sélectivité dans l’édition pour se positionner sur la découverte de nouveaux talents dont le modèle économique pourrait être en partie basé sur un système d’abonnement.

Publié dans Economie

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