Il ne faut pas oublier la Tunisie

Publié le par ideesmobiles.over-blog.com

Les événements en Egypte monopolisent actuellement l’attention des médias et c’est avec beaucoup d’intérêt et d’espoir que je les suis également. Cette focalisation ne doit pas occulter d’autres événements tout aussi important. Les quelques mois qui viennent vont être très délicats et très important en Tunisie. La tâche qui attend le nouveau gouvernement provisoire est énorme et cruciale pour l’avenir de ce pays… et au delà pour l’avenir des autres pays du monde arabe : que la transition démocratique réussisse, que le pays continue sur le chemin vers la prospérité qui était déjà le sien, qu’un développement économique plus équitable se mette en place, qu’un islam modéré et tolérant prédomine et c’est la principale justification des régimes autocratique de la région qui disparaît. Qu’une période de troubles aggravés se développe, qu’un nouveau régime autoritaire profite du désordre pour se mettre en place ou que la minorité intolérante de l’islam arrive à s’imposer et tous les dictateurs arabes s’en trouveront renforcés. Il suffit d’écouter le discours de Moubarak pour s’en convaincre : Je voudrais bien partir mais j’ai peur que le pays ne sombre dans le chaos… Si la Tunisie achève sa transition démocratique sans trop de heurts cet alibi ne tiendra plus !

Hors le nouveau gouvernement de la Tunisie est confronté à de nombreuses difficultés :

  • Il faut le plus rapidement possible ramener l’ordre et assurer la sécurité. La police est complètement discréditée par sa participation active et omniprésente au système de l’ancien dictateur. Créer une nouvelle police à partir de rien n’est pas aisé et prendrait beaucoup de temps pendant lequel l’insécurité risque de discréditer le nouveau régime, surtout compte tenu du fait que bon nombre de prisonniers de droit commun ont été libéré juste avant la chute du régime. Il va donc probablement falloir composer un difficile équilibre entre ces deux extrêmes : épurer la police de ses éléments les plus compromis dans les exactions passées mais conserver une partie des cadres pour ne pas repartir à 0 tout en modifiant en profondeur les pratiques…
  • Il faut organiser la vie politique. Les partis d’opposition ont été laminés par des années de répression et semblent peu connu de la population. Il y a toute une culture démocratique à construire.
  • Il faut organiser les élections. Cette organisation est délicate du fait que l’ancienne administration peut difficilement s’occuper de cette tâche. Il faut que les résultats soient fiables et que le risque de contestation soit limité pour éviter des scénarios du type de celui vécu actuellement en côte d’ivoire.
  • Il faut remettre sur pied l’économie : Une bonne partie de l’économie était contrôlée par la famille proche de l’ancien dictateur. Au-delà des pillages et des destructions qui se sont produites pendant la révolte, l’effondrement de l’ancienne kleptocratie laisse un vide et une désorganisation de la vie économique. De plus il est peu probable que le tourisme qui représente une bonne partie de l’activité économique puisse redémarrer rapidement. Le chômage et la pauvreté ont été parmi les ferments principaux de la révolte, ces facteurs vont probablement être aggravés par la désorganisation actuelle de l’économie et le risque est que cela se traduise par une instabilité politique.

La Tunisie est donc en situation délicate et il me semble dommageable qu’elle soit presque complètement sortie du champ des projecteurs médiatiques. Les pays occidentaux devraient faire tout leur possible pour aider la Tunisie à réussir sa transition démocratique. Il faudrait presque une sorte de plan Marshall pour que le développement économique ne s’arrête pas d’un coup !

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