Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 10:12

Après un rapide constat et élimination de quelques fausses pistes présentées précédemment, quelles solutions pour lutter contre le chômage ?

L’un des axes majeurs est à mon avis de faciliter la fluidité du travail et plusieurs facteurs peuvent y contribuer.

La fin des restrictions aux licenciements

C’est une mesure à mon avis difficile à faire admettre à une bonne partie de la population mais absolument nécessaire. Il faut que nos hommes politiques soient clairs, aient du courage et fasse preuve de pédagogie sur ce point : La loi ne pourra jamais contraindre un employeur à conserver des employés dont il souhaite se séparer. L’état peut rendre la chose plus difficile, plus conflictuelle, plus douloureuse, plus coûteuse mais au final l’effet le plus important pour les employés sera toujours le même : une perte d’emploi. Mais le fait de rendre la chose plus conflictuelle et plus douloureuse n’est pas au bénéfice de l’employé. Cela l’empêche de tourner la page, de se projeter vers l’avenir et de se mettre efficacement à chercher un autre emploi. L’aspect coût n’est pas négligeable non plus. Certes, le fait de licencier provoque des externalités négatives : l’employé s’il ne retrouve pas de travail dans le même domaine d’activité va subir une perte de compétence qui est négative pour la société en général mais d’un autre coté, le fait d’accorder des indemnités trop importantes peut avoir un effet désinsitatif pour une partie des salariés qui se disent qu’avec cet argent, ils ont le temps de voir venir. De plus cela peut nuire aux chances de survie de l’entreprise et donc mettre en péril les emplois de ceux qui restent.

Je crois surtout que sur ce point il faut arrêter de raisonner uniquement au niveau des grandes entreprises. L’immense majorité des employés le sont par des petites entreprises et la perspective d’un conflit en cas de licenciement est un véritable frein à l’embauche pour les patrons de PME. Cela explique en grande partie les réticences des employeurs à prendre des risques au niveau de l’embauche et en particulier à employer des jeunes. Ici non seulement il y a la perspective du coût élevé du licenciement qui peut faire peur mais également le fait qu’un dirigeant de PME n’a pas de service de ressource humaine, il devra donc gérer un éventuel conflit lui-même ce qui se fera au détriment du développement (ou la sauvegarde) de son activité.

Les licenciements ne doivent donc plus être stigmatisés ni stigmatisant. Ils doivent être considérés comme une partie normale du processus économique, un acte comme un autre de la vie économique et la contrepartie logique à la liberté d’embauche. Il peut être utile de conserver le principe d’une prime de licenciement mais il faut absolument simplifier tout le reste pour rendre le processus de licenciement simple, efficace, sans conflit ce qui profitera à la fois aux employeurs et aux employés. On notera également que le fait de ne pas avoir à indiquer de motif de licenciement rendra celui-ci moins stigmatisant puisque l’employé pourra de bonne foi répondre qu’il ne sait pas pourquoi il a été licencié par son précédent employeur.

Lever ces contraintes permettra également de faciliter l’implantation en France d’entreprises étrangères qui peuvent actuellement être rebutées par la complexité et le coût de ces procédures de licenciement.

Le but principal est bien sûr de lever ce frein psychologique à la création d’emploi en particulier dans les PME.

Agir sur la mobilité géographique

Cette infographie publiée en début d’année par Le Monde, montre clairement que la réalité du chômage est extrêmement contrastée en fonction des régions :
http://www.lemonde.fr/societe/infographie/2011/02/07/les-taux-de-chomage-par-bassins-d-emploi-depuis-dix-ans_1474281_3224.html

Le taux de chômage varie du simple au triple (de 4,9% à Orsay à 17,1% à La Sambre-Avesnois). On voit clairement deux zones de chômage plus important : le nord, nord-est et la côte méditerranéenne.

Ce qui est étonnant c’est que les choses ont peu évolué en dix ans. L’immense majorité des bassins d’emploi ont eu une évolution parallèle à l’évolution nationale et ceux qui avaient un chômage parmi les plus élevé il y a dix ans sont quasiment les même qu’aujourd’hui alors même qu’il y a eu des fluctuations relativement importantes entre-temps du niveau de chômage absolu.

Ici le problème de l’emploi rejoint l’autre problème majeur de la France à savoir l’accès au logement.

Les différences de taux de chômage selon différentes catégories sont à mon avis pertinentes pour expliquer une partie du chômage persistant en France même si les explications peuvent être différentes dans chaque cas. Le chômage touche en priorité les jeunes, les travailleurs proche de la retraite et les femmes.

Pour ce qui est des femmes, dans bon nombre de cas leur lieu de résidence sera choisi à proximité du lieu de travail de leur conjoint car il a en moyenne a un salaire plus élevé ce qui justifie que l’emploi du conjoint masculin soit privilégié dans la majorité des cas pour le choix du lieu de résidence. Cela limite les possibilités de mobilité des femmes et donc leur accès au travail et donc engendre un chômage plus élevé.

Pour les séniors, plusieurs éléments vont jouer. D’une part les séniors sont plus nombreux à être propriétaires de leur logement ce qui compte tenu des droits de mutation en cas de vente de celui-ci (5% du prix du logement) est un puissant frein à la mobilité. D’autre part le coût d’un déménagement est difficile à amortir sur une durée dont on sait qu’elle sera faible : A quoi bon dépenser des sommes non négligeables en déménageant pour retrouver du travail si on sait qu’on sera à la retraite 3 ou 4 ans plus tard, surtout si le conjoint risque de perdre son emploi dans l’opération.

Pour les jeunes, le problème est tout simplement celui de l’accès au logement. Un jeune à qui l’on propose un emploi dans une zone où le logement est hors de porté pour lui, le refusera à coût sûr. C’est probablement l’un des facteurs explicatifs du fort taux de chômage sur la côte d’azur. C’est en tout cas un problème bien connu pour les saisonniers travaillant dans des lieux touristiques.

Enfin, il y a probablement aussi un problème majeur pour les personnes ayant un logement HLM. Compte tenu du délai d’attente pour obtenir un logement HLM, toute personne en occupant un ne peut tout simplement pas se permettre de perdre le bénéfice de ce logement pour déménager à proximité d’un nouvel emploi. Elle refusera donc tout emploi se situant trop loin de son logement.

Certes, il y a déjà eu une action du gouvernement pour tenter de remédier à ce problème : la création de plusieurs dispositif dans le cadre du 1% logement dont peuvent bénéficier les personnes amenées à déménager pour des raisons professionnelles : Il y a plusieurs problèmes à ce dispositif :
-    Il est peu connu, j’ai moi-même pu en bénéficier car j’en ai appris l’existence par hasard peu de temps après mon déménagement, personne ne m’en avait informé (ni le service RH de mon entreprise, ni le CE), ce n’est clairement pas mis en avant par les recruteurs, en gros c’est à chacun de se renseigner et se débrouiller pour faire les démarches nécessaires.
-    Bon nombre des dispositifs ne concernent que les entreprises de plus de 10 salariés (celles qui cotisaient initialement, le gouvernement s’étant substitué aux entreprises pour les entreprises de 10 à 20 salariés). Quand on sait que c’est justement les PME qui créent le plus d’emploi, on voit tout de suite le problème.
-    Le montant n’est pas connu à l’avance, il faut faire un dossier, justifier des frais engagé et seuls une partie des frais sont couverts (et il y a un plafond à la couverture de ces frais).
-    Les dispositifs sont nombreux et complexes, changeants…
-    Certains dispositifs sont liés à une distance minimale de 70 km qui me semble trop élevé, d’autant que c’est la distance entre les lieux de travail qui est prise en compte.

A mon avis l’impact de ces dispositifs est au mieux marginal et en aucun cas décisif pour la majorité des chômeurs qui pourraient trouver un emploi en acceptant de changer de lieu de résidence. L’action réellement efficace serait de faire en sorte que la possibilité de se loger à un coût abordable soit possible partout où des emplois sont disponibles. Cela renvoi donc à la problématique du logement déjà discuté ici.

Enfin je m’interroge sur une possible corrélation entre le chômage et la répartition des lieux de formation. J’ai l’impression que nombre d’étudiants restent pour leur premier emploi à proximité du lieu où ils ont fait leurs études. C’est mon cas par exemple car j’ai rencontré ma femme pendant mes études et j’ai souhaité rester à proximité de son lieu d’habitation après la fin de celles-ci. Les études sont également le moment où se créé un cercle d’amitiés durables dont bon nombre ne voudront pas s’éloigner en choisissant un emploi trop éloigné du lieu de formation.  On peut donc s’interroger sur l’impact de la répartition des lieux de formations sur le chômage et en particulier s’interroger si une décentralisation plus élevée des lieux de formation ne serait pas favorable à l’emploi alors que ceux-ci en particulier pour les universités sont concentrés dans les grandes villes pour des raisons essentiellement historiques. Les étudiants sont en général très mobiles, il pourrait être intéressant de profiter de cette mobilité pour obtenir une meilleure répartition des talents alors que cette mobilité sera moins élevé à mesure que le temps passe et l’enracinement dans un lieu de vie devient plus fort.

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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 14:34

La question du chômage est à mon avis celle qui devrait être le sujet principal de la future élection présidentielle. La persistance d’un chômage de masse est à mon avis l’une des causes majeures des principaux disfonctionnements de la société française :

  • Une bonne part de l’insécurité dans les banlieues provient du manque de perspective d’avenir pour les jeunes issus de milieux défavorisés. Ce n’est certainement pas le seul facteur explicatif de l’insécurité mais c’est certainement un facteur majeur.
  • La sinistrose généralisée des Français sur l’avenir et en particulier l’avenir économique. Cette sinistrose a des conséquences non négligeables avec paradoxalement des conséquences sur l’emploi :
    • Faible mobilité professionnelle avec le raisonnement « je reste à faire ce boulot qui n’utilise pas forcément au mieux mes compétences et mon potentiel de peur de me retrouver au chômage ».
    • Engouement disproportionné pour les emplois de la fonction publique qui du coup a une tendance à la surqualification pour les postes les moins qualifiés (et une tendance à une sous-qualification pour les postes les plus qualifiés pour d’autres raisons). J’ai par exemple dans mon entourage une jeune femme qui après des études d’ingénieur chimiste a refusé un poste correspondant à sa formation et finalement préféré devenir professeur en primaire – non pas que la fonction de professeur de primaire soit moins importante que celle d’ingénieur chimiste, c’est juste que c’est une perte pour la société qu’elle n’ait finalement pas adopté une carrière conforme à sa formation et pour laquelle la pénurie de main-d’œuvre est plus marquée que professeur de primaire où il y a pléthore de candidats.
    • Impact non négligeable sur l’investissement des entreprises et donc sur leurs embauches selon le raisonnement : l’économie en général va mal, c’est la crise perpétuelle (discours fallacieux mais utilisés à profusion par les politiques pour expliquer leur incapacité à faire baisser le chômage ), l’avenir est incertain, donc même si mon business va bien en ce moment, je n’embauche pas (ou moins que nécessaire) de peur d’être obligé de licencier peu de temps après.
    • Réduction de la consommation d’une partie de la population qui met de l’argent de côté en cas de chômage.
  • Une bonne part des difficultés sociales.
  • Une bonne part des problèmes de surendettement.
  • Une part du problème de pouvoir d’achat, le chômage élevé pesant sur les négociations salariales, même s’il est difficile ici de faire la part des choses, une partie du chômage pouvant avoir pour origine un pouvoir d’achat trop élevé du salaire minimum.
  • Une perte de richesse lié au fait que les chômeurs pourraient produire des richesse au lieu d’être inactifs.
  • L’aggravation des difficultés financières de l’état et des organismes sociaux  de part les coût qu’ils génèrent (assurance chômage bien sûr mais aussi programmes sociaux, coût de la délinquance) mais surtout le manque à gagner qu’il représente (déficit de cotisations pour les assurances maladie et vieillesse mais aussi déficit de perception d’impôt).

 

 

Le problème est résolument complexe. Tous les gouvernements depuis 30 ans ont cherché des solutions à ce problème de chômage. Les économistes sont en désaccords entre eux sur les solutions à apporter… C’est globalement assez désespérant. Nos hommes politiques ont probablement beaucoup de défauts mais je ne pense pas qu’au moins pour les plus éminents d’entre eux, on puisse leur reprocher leur manque d’acuité intellectuelle. Si des gens extrêmement intelligents, qui ont étudié le sujet en profondeur ne trouvent pas de solution, comment les électeurs peuvent-ils juger de la pertinence des programmes qui leurs sont proposés sur le sujet le plus important pour leur avenir (ou l’avenir de leur proches en ce qui concerne les retraités) ? Si l’on considère que c’est l’un des principaux sujets sur lequel ils vont fonder leur décision, n’y a-t-il pas un aléa considérable sur les résultats des élections ? Est-ce que cela ne remet pas en cause le principe même de programme politique : si les électeurs sont incapables de juger de pertinence des mesures proposées par les candidats, le choix du candidat en fonction du programme reste-t-il pertinent ?

 

Je n’abandonne tout de même pas l’idée de pouvoir émettre une opinion après quelques recherches et réflexions sur le sujet. Il est à noter également que ces recherches et réflexions ont largement changé les apriori que je pouvais avoir sur le sujet, mes opinions de départ étant beaucoup moins libérales que mon opinion actuelle.

 

Commençons par les mauvaises idées, et elles sont légion surtout dans certains des programmes politiques actuels :

 

La sortie de l’euro et une déconstruction de l’Europe.

 

 Si l’Europe était réellement en cause dans le chômage alors nos voisins devraient eux aussi être touchés de plein fouet par le chômage. Un petit tour d’Europe nous donne de nombreux contre-exemple : Pays-Bas (5,5%) Autriche (4,5%) Danemark (5,9%) Luxembourg (6%), Allemagne (6.5 % mais en forte baisse). L’Europe n’a donc pas un effet généralisé d’accroissement du chômage. L’argumentation que ces pays auraient aspiré les emplois à notre détriment ne tient pas vraiment non plus car ils sont généralement plus riches et avec des salaires comparables ou plus élevés que ceux observés en France : le salaire médian en France est de 19 615 à comparer avec Pays-Bas : 24024, Autriche : 24114, Danemark : 22461, Luxembourg : 34407 Allemagne : 21241.

 

La démondialisation.

 

 La mondialisation peu créer des changements dans la structure de l’emploi (déplacement de certains emplois vers d’autres), mais il ne peut expliquer le chômage à lui seul. Le fait que l’on importe certains biens ne nous empêche pas d’en créer d’autres (ou des services). La quantité de travail n’est pas une quantité fixe qu’il faudrait se partager, le fait que l’emploi industriel augmente en Asie n’empêche pas de continuer à produire en France. Certes, la réalité n’est pas aussi idyllique que ne voudrait la présenter les économistes ultralibéraux. Les reconversions peuvent être difficiles mais si l’on regarde à long terme les transformations de notre société, nous n’avons pas forcément été vraiment perdant de cette mondialisation. Bon nombre de nos entreprises les plus prestigieuses sont des multinationales réalisant une grande partie de leur activité avec l’étranger. Nous avons en France de nombreuses entreprises exportatrices en particulier dans le secteur du luxe ou de l’aéronautique. On peut noter également que le tourisme est une forme d’exportation (de services). On peut aussi noter que toutes les expériences de protectionnisme majeures ont échoué et ont conduit à un appauvrissement radical des états qui l’ont essayé et sans que cela empêche un chômage important de se développer (voir par exemple le cas de l’inde avant la libéralisation des années 90 ou le cas de cuba). Enfin, dans une économie aussi complexe que la notre, la plupart des produits comportent de nombreux composants exploitant de nombreuses technologies. Il est impossible à un état de maitriser et produire efficacement l’ensemble de ces produits et technologies, il y aura donc toujours un import d’au moins une partie des composants. Le fait d’imposer des droits de douane sur les produits importés peut s’avérer contre-productif car ces taxes payées sur l’import des composants sont alors répercutées sur le prix des produits finis qui deviennent moins compétitif à l’export. On peut également argumenter contre le protectionnisme qu’il est difficile de définir l’échelle idéale : Il n’y a pas de raison de favoriser un protectionnisme européen par rapport à national et en poussant alors le raisonnement plus loin (et vers l’absurde) pourquoi pas un protectionnisme régional pour empêcher les ch’ti de faire une concurrence déloyale aux toulousains (et réciproquement) et pourquoi pas revenir au moyen-age avec ses innombrables droits de péage à chaque limite de fief en descendant au niveau départemental, cantonal ou communal… Et à l’extrême personne n’empêchent ceux qui le souhaitent de vivre en autarcie pour éviter que leur voisin ne vienne leur voler leur précieux travail (et en plus il y a de bonnes chances qu’ils échappent à l’essentiel des taxes)… Mais alors bon courage à ceux qui le souhaitent pour ne serait-ce que produite un simple grille-pain comme le démontre cette brillante conférence : http://www.ted.com/talks/thomas_thwaites_how_i_built_a_toaster_from_scratch.html

 

 

Baisser le coût du travail

 

Comme dans le cas de la mondialisation, cette idée est lié à la confusion entre ce qui se passe à l’échelle d’une entreprise et à l’échelle d’un état. S’il est possible qu’une entreprise soit obligée de licencier car le coût du travail est trop élevé pour maintenir son activité en France, il est absolument faux de croire que le coût absolu du travail soit en cause à l’échelle macroscopique. Une petite étude rapide permet de tracer un graph avec en abscisse le salaire médian et en ordonné le taux de chômage pour les pays de l’OCDE :

 

correlation_chomage_salaire_median.png

 


 

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’y a pas de corrélation positive et que si corrélation il y a elle serait plutôt négative (un coût élevé du travail est corrélé avec un faible taux de chômage). On peut penser d’ailleurs que la causalité est plutôt inverse : les pays où le chômage est le plus faible sont plus productif et ont donc des salaires médians plus élevés. Ce résultat peut paraître contre-intuitif à ceux qui raisonnent en terme de compétition mondiale où des salariés à bas coût viendrait faire une concurrence déloyale aux salariés occidentaux. C’est oublier le principe premier des théories du commerce à savoir que c’est le coût relatif  (c’est à dire le coût de production d’un bien ou d’un service par rapport aux autres biens et services produits au même endroit) qui est important pour déterminer comment seront effectués les échanges commerciaux et non pas le coût absolu. Un pays dont les coûts de production sont tous plus élevés qu’un autre peut très bien exporter certains produits vers un autre pays dont tous les coûts de production sont plus faibles du moment qu’il existe une différence dans les coûts relatifs.

 

La relance pour luter contre la conjoncture

 

Une explication du chômage par la conjoncture économique a été au centre de plusieurs tentatives pour faire baisser le chômage en France. On a tous en mémoire l’expérience désastreuse de la tentative de relance par la consommation après l’arrivée de la gauche en 81. On notera que la tentative de N. Sarkozy de relance par l’investissement en diminuant les impôts a été tout aussi infructueuse (et tout aussi catastrophique pour les finances publiques). Certes il y a actuellement une composante conjoncturelle dans le chômage en France. Mais cette composante conjoncturelle n’est pas à même d’expliquer la persistance d’un chômage élevé depuis 35 ans. Il est donc logique que les politiques de relance aient été globalement infructueuses, d’autant plus lorsqu’elles ont été menées sans concertation avec nos partenaires économiques.

 

Le manque d’expérience des plus jeunes

 

C’est l’idée qui est au cœur de la proposition des emplois-jeunes du parti socialiste. Cette idée est dérivée de l’observation de l’inadéquation entre les offres d’emploi qui pour la plupart exigent une expérience professionnelle significative et un fort chômage chez les jeunes qui n’ont pas l’expérience requise. Le problème c’est que cette explication ne s’applique pas au chômage de seniors. La vrai question qu’il faut se poser c’est pourquoi les entreprises sont aussi exigeantes et si elles ne pourraient pas réduire leurs prétentions ? Si de nombreuses entreprises sont très exigeantes c’est d’une part qu’elle peuvent se le permettre du fait du chômage important et d’autre part du fait des restrictions liées au licenciement. Un licenciement coûte extrêmement cher, comporte de nombreuses incertitudes (un quart des licenciement donne lieu à une procédure des prud’hommes), les employeurs le savent et veulent à tout prix diminuer les risques d’échec de l’intégration des nouveaux employés. C’est à mon avis la raison principale pour laquelle de nombreux employeurs exigent une première expérience réussie. On notera que dans cette optique les emplois jeunes qui sont principalement effectués dans le secteur public ou associatif ne résolvent pas le problème : les employeurs du privé considèrent dans leur immense majorité cette expérience comme trop éloignée des conditions de travail du privé et donc non significative (et de fait les problématiques de productivité, de rentabilité, les habitudes de management sont sensiblement différentes). On peut noter également que si les jeunes manquent d’expérience, ils sont en moyenne mieux formés puisque le niveau d’étude n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies. Cela devrait en partie compenser le manque d’expérience. Le fait que ce ne soit pas le cas montre que ce n’est pas la cause principale du problème.

 

La compétitivité

 

Notre pays serait en déficit de compétitivité et cela expliquerait le chômage ? Le problème c’est d’une part que notre pays absorbe beaucoup d’investissement étranger ce qui montre que l’opinion des investisseurs sur ce point est à l’opposé de celui des éternels déclinistes. Un autre point venant réfuter cet avis, la France est l’un des pays ayant la productivité horaire la plus élevée du monde, supérieure au Japon, aux Etats-Unis ou à l’Allemagne par exemple. Notre compétitivité est donc excellente et n’est pas une explication au chômage.

 

Interdire les licenciements boursiers ?

 

Le concept de licenciement boursier est absolument chimérique. Un licenciement coûte cher à une entreprise. Non seulement à cause des coûts des plans sociaux mais surtout à cause de la perte de compétence associée à la séparation d’un employé. Former un employé pour qu’il soit performant dans son travail prend beaucoup de temps et donc coûte cher. Cet investissement est perdu lorsque l’employé est licencié et même si le fait d’embaucher un employé ayant des qualifications comparables permet de réduire ce coût, il reste considérable car une bonne part de ce savoir-faire est spécifique à une entreprise : maitrise des produits spécifiques à l’entreprises, méthode de travail spécifique, culture d’entreprise, intégration humaine dans le groupe de travail…

Aucune entreprise ne se lance dans un plan de restructuration sans y être contrainte et dans le seul but de réduire ponctuellement ses coûts. Ce qu’il faut comprendre c’est que la direction d’une entreprise est contrainte à toujours anticiper : anticiper les baisses de commandes, anticiper les évolutions technologiques. Contraindre les entreprises à attendre d’avoir réalisé des pertes pour pouvoir licencier c’est les contraindre à être toujours en retard et donc beaucoup moins compétitives. Les résultats financiers d’une entreprises ne sont par définition disponible que pour l’année précédente et ne sont donc d’aucune utilité pour juger de la pertinence de licenciement qui sont basés sur les anticipations de commande de l’année suivante. Il n’est donc pas anormal ni choquant qu’une entreprise annonçant des bénéfices (et distribuant des dividendes à ses actionnaires) puisse dans le même temps annoncer des licenciements, c’est juste que ces deux actions concomitantes sont par nature l’une la constatation d’un fait passé (les bénéfices) l’autre l’anticipation d’une fait futur (des difficultés ou des changements technologiques nécessitant une réduction du nombre d’employés).

Il faut également noter que très souvent lorsqu’une entreprise licencie c’est parce qu’elle fait des gains de productivité : elle produit autant avec moins de personnes. La raison principale de ces gains de productivité est liée aux évolutions technologiques et est une bonne chose. C’est la raison principale de l’augmentation de richesse produite par personne. Vouloir limiter les licenciements à tout prix c’est aussi freiner les gains de productivité et donc les gains de richesse.

 

A suivre...

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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 19:10

Au cas ou il y aurait encore quelqu’un pour lire ce blog, quelques précisions :

 

Ce blog est resté non alimenté pendant longtemps pour deux raisons principales. Ma santé aléatoire d’une part qui rend la rédaction d’articles de qualité plus difficile et le fait que je veuille faire un article de fond sur le chômage, article qui demande pas mal de préparation et de réflexion et s’est donc avéré particulièrement difficile.

 

Je vais essayer de palier à ce problème de deux manières. D’une part en étant un peu moins exigeant sur la le degré de maturité de ma réflexion pour la publication d’articles. Après tout je peux précisément prendre au sérieux le nom du blog et présenter une réflexion en cours de construction, changeante, non finalisé, en un mot … mobile ! D’autre part, je vais essayer de scinder les gros sujets en plusieurs billets. J’espère tout de même que cela ne nuira pas à la qualité et l’intérêt du contenu.

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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 16:25

La spéculation financière c’est le mal absolu dans le discours traditionnel de la gauche en général et des socialistes en particulier. On a encore vu lors des débats de la primaire socialiste certains candidats s’indigner contre « les banques qui spéculent avec l’épargne des français ». Il est d’autant plus étonnant de constater qu’une bonne partie du fonctionnement même et du résultat de cette primaire est en fait basé sur un mécanisme similaire à la spéculation financière.

 

Le principe général de la spéculation financière est d’acheter un actif financier non pas en fonction de sa valeur intrinsèque mais en fonction de l’anticipation que l’on a des actions des autres acteurs du marché. En gros : j’achète l’action X non pas parce que je crois aux perspectives de croissance (ou de rentabilité) de l’entreprise X mais parce que je pense que d’autres personnes vont vouloir acheter les actions de l’entreprises X ce qui fera monter les cours et me permettra de réaliser une plus-value. Ce comportement est résumé par l’adage boursier qu’il vaut mieux avoir tord avec tout le monde que raison tout seul…

 

Dans le cadre de la primaire citoyenne, on voit ce genre de comportement auprès d’une bonne part d’électeurs : il vont choisir le candidat pour lequel ils votent non pas en fonction des idées qu’il défend ou parce que sa personnalité fait de lui la personne la plus à même à diriger la France mais en fonction de sa capacité à gagner l’élection présidentielle. Cela apparaît en particulier dans ce sondage : http://www.ipsos.fr/sites/default/files/attachments/rapport_barometreprimairesocialiste_vague1.pdf Page 27, 27% des personnes interrogées placent ce critère comme étant le principal derrière les propositions du candidat (54%) mais largement devant sa personnalité (17%). Il ne s’agit donc pas d’un facteur marginal. On voit d’ailleurs page 31 de la même enquête que c’était un des points fort de François Hollande alors que sur les propositions il est au coude à coude avec Martine Aubry. Hors juger de la capacité d’un homme politique à gagner une élection est un comportement purement spéculatif : c’est effectuer un pari sur la façon de voter des autres citoyens. C’est donc un comportement spéculatif qui a en grande partie amené François Hollande à gagner la primaire de gauche. J’ai en particulier entendu plusieurs personnes qui refusaient de voter pour les candidats les moins bien placés du simple fait qu’ils n’avaient aucune chance, en particulier cela a dû jouer en défaveur de Valls au profit de Hollande et dans une moindre mesure de Montebourg.

 

Le problème des comportements spéculatifs c’est qu’ils donnent lieu a des mécanismes déstabilisateurs : prophéties auto-réalisatrices et bulles spéculatives.

 

Au niveau des prophéties auto-réalisatrices, on notera le mécanisme à l’œuvre avec le ralliement des candidats éliminés au premier tour à François Hollande. Il est favori, donc les candidats malheureux du premier tour se rallient à lui (dans l’espoir d’une bonne place au gouvernement), ce qui renforce son image de rassembleur et de personne étant le mieux placé pour gagner les présidentielles, ce qui incite ceux pour qui c’est le critère principal à voter pour lui, ce qui lui permet de gagner les primaires. Tout cela malgré la faiblesse des propositions improvisées pour se démarquer de Martine Aubry (le contrat de génération et les emplois d’enseignant) et une prestation pas vraiment convaincante au débat d’entre-deux tours et le fait que Martine Aubry étant censée être plus à gauche que François Hollande, les électeurs de Montebourg et Royal auraient du se reporter majoritairement sur elle.

 

Au niveau des bulles spéculatives, je pense que c’est ce phénomène que l’on a vu en 2007 avec Ségolène Royal que tous les sondages portaient au pinacle au moment des primaires et qui en conséquence a écrasé ses opposants lors du scrutin. Mais cette bulle spéculative a été de courte durée et il s’est avérée que les anticipations sur sa capacité à l’emporter face à Sarkozy n’étaient pas fondées. Il semble peu probable que ce phénomène se répète avec François Hollande compte tenu de la désaffection d’une majorité des Français vis à vis de la droite en général et de Nicolas Sarkozy en particulier mais on peut tout de même s’interroger sur le fait qu’il soit le meilleur candidat… A son âge, l’absence d’expérience gouvernemental est un signal inquiétant : si les membres de son parti ne l’ont pas jugé apte au fonctions gouvernementales, c’est peut-être qu’il y a des bonnes raisons… et qu’on ne me fasse pas croire qu’un poste de secrétaire du parti socialiste est stratégiquement plus important qu’un ministère. Je suis en particulier un peu surpris que sur la période 1988-1993 il n’ait été que député et conseiller municipal d’Ussel alors que la gauche était au pouvoir et qu’il avait été impliqué dans plusieurs cabinets des gouvernements de la période 81-86. Comme disent les conseillers en recrutement, il y a quelques trous dans ce CV politique. Je suis également un peu sceptique sur ses capacités à briller dans une campagne présidentielle face à Sarkozy mais peut-être va-t-il se révéler dans l’épreuve.

 

Quelques réflexions supplémentaires sur cette primaire :

 

On entend partout que cette primaire est un grand succès et c’est un fait. La participation, l’impact médiatique sont des points très favorables pour le parti socialiste. Je note tout de même que certains points pourraient être améliorés à l’avenir :

-         Il me semble que les débats du premier tour sont arrivés trop tard et étaient trop rapprochés les uns des autres. Du coup, même si je n’ai pas pu suivre le premier, j’ai quand même eu pour une bonne part une impression de redite et de saturation : sur une période aussi courte les positions ne changent pas vraiment d’autant que c’est quasiment les même sujets qui ont été abordés à chaque fois. De plus, les candidats les moins connus (en particulier les plus jeunes, Valls et Montebourg) ont vraiment fait leur percée médiatique et populaire au moment des débats mais alors qu’il était déjà trop tard pour que cela change vraiment la donne. Une meilleure répartition des débats tout au long de la campagne serait préférable, cela donnerait plus de temps à chacun pour préparer de nouveaux arguments pour chaque nouveau débat et donnerait plus de temps au public pour découvrir les jeunes candidats et éventuellement se laisser convaincre par eux. Il n’y a pas de raison que la France soit abonnée aux gérontocrates alors que USA et Grande-Bretagne élisent des leaders plus jeunes et dynamiques.

-         Le fait qu’un programme soit élaboré par le parti au préalable (même s’il n’est pas contraignant) est tout à fait préjudiciable : Cela vide les débats des primaires d’une bonne parti de leur substance puisque les candidats (hormis JM. Baylet) avaient approuvé ce programme. Cela conduit de plus à encourager la surenchère : si le programme imposé constitue une option moyenne, les candidats pour se distinguer sont obligés de faire de la surenchère sur les points qu’ils jugent les plus importants (ou les plus stratégiques). Enfin cela réduit la possibilité pour les électeurs d’infléchir significativement le programme porté par le parti pour les élections. A contrario, s’il n’y avait pas de programme préalable et si chaque candidat pouvait élaborer librement le sien, les débats seraient plus riches au niveau des propositions et permettraient une différentiation de positionnement plus facile des candidats. De plus cela permettrait aux électeurs de choisir réellement le programme qui leur correspond le mieux et donc d’influer sur le contenu de ce programme par leur vote.

-         Enfin, les restrictions adoptées dans le sens d’une absence d’attaques personnelles me paraissent contreproductives. Il ne s’agit pas d’encourager la diffamation mais le tabou peut être également contre-productif. Si un candidat a des faiblesses rédhibitoires au niveau de son caractère ou de son CV, il vaut mieux que ces éléments soient révélés au moment de la primaire et de laisser les électeurs juger de leur pertinence, plutôt que de laisser élire une personne ayant ces faiblesses au moment de la primaire et laisser le parti adverse l’exploiter dans la campagne présidentielle proprement dite. De ce coté, il vaut mieux déminer le terrain au préalable. En particulier, j’ai trouvé un peu hypocrite la partie du deuxième débat sur l’étique où il a beaucoup été question de Guérini et de Sarkozy mais où personne n’a mentionné le fait que l’un des candidats à la primaire (J.M. Baylet) ait été condamné à deux reprises pour abus de bien sociaux  et est à nouveau mis en examen dans une troisième affaire. Effectivement ça aurait pu passer pour une attaque personnelle mais il était à mon avis indispensable de le porter à la connaissance du public et ce dès la primaire. Les électeurs auraient alors un peu mieux compris pourquoi il était tant gêné lorsqu’on lui demandait si lui aussi soutenait la proposition d’inéligibilité à vie pour ce type d’affaire.

 

Le vote spéculatif (et ses effets indésirables) n’est pas une fatalité. Il est en grande partie lié au mode de scrutin. D’autres modes de scrutin sont possibles qui réduisent l’intérêt de ce type de stratégie. La méthode de l’« alternative vote » proposés aux anglais récemment http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/05/04/grande-bretagne-le-referendum-sur-la-reforme-electorale-divise-la-coalition_1516924_3214.html me parait en particulier particulièrement pertinente dans le cadre d’un primaire même si elle pose quelques soucis logistiques et requerrait probablement l’utilisation d’un système de vote électronique. L’autre avantage de ce mode de scrutin est qu’il ne nécessite pas de second tour avec toutes les compromissions et négociation que cela engendre.

 

L’impact d’une primaire est probablement non négligeable sur le résultat de l’élection présidentielle s’il est avéré que les mécanismes décrits par Joule et Beauvois dans leur livre « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » s’appliquent à cette problématique comme je le pense. En particulier, ils décrivent le phénomène du « pied dans la porte » : le fait de demander à quelqu’un de faire une petite action sans trop de conséquence facilite l’acceptation par cette même personne de faire une action plus conséquente de même nature qu’elle aurait refusée s’il n’y avait pas eu la première demande. L’un des exemples cité dans le livre est qu’une personne acceptera plus facilement de participer à une action de distribution de tracs (action coûteuse) si elle a auparavant été sollicité pour signer une pétition sur le même sujet (action peu coûteuse). Ainsi dans le cas des primaires, il est possible que le fait de demander aux personne de voter aux primaires (action peu coûteuse, ça n’engage pas à grand-chose, même pas à voter pour le même candidat aux présidentielles s’il gagne les primaire) facilite peut-être l’action de voter pour ce même parti lors de l’élection définitive (action plus coûteuse car engageant l’avenir du pays). Le fait de signer l’adhésion aux valeurs de la gauche peut aussi avoir cet effet, il est dommage qu’il n’ait pas été un peu plus formel, bon nombre de votant n’ayant pas vraiment réalisé ce qui se passait lorsqu’ils ont signé ce premier registre. Le renforcement récent de François Hollande dans les sondages est peut-être en parti lié à cet effet.

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Samedi 6 août 2011 6 06 /08 /Août /2011 22:02

Le Monde publiait récemment (oui, je sais, je réagis un peu tard, je n’étais pas en état de rédiger ces derniers jours) un article sur la pratique de la religion musulmane en France intitulé « Le ramadan plus populaire qu'il y a 15 ans » http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/08/01/le-ramadan-plus-populaire-grace-a-l-adhesion-des-jeunes_1555103_3224.html .

 

L’article reprend les résultats d’un sondage IFOP réalisé pour le journal La Croix (journal catholique faut-il le rappeler) sur la pratique de la religion musulmane. On retiendra d’une lecture peu attentive que la pratique de la religion musulmane est en train d’envahir notre pays : les musulmans sont surtout des jeunes, ils sont très nombreux parmi les ouvriers, ils sont très pratiquants et avec une pratique en hausse, sont très nombreux à pratiquer le ramadan et n’aiment pas N. Sarkozy…

 

Sauf que lorsqu’on prend la peine de réfléchir un peu et de regarder les données sources dont Le Monde donne d’ailleurs le lien http://www.ifop.fr/media/pressdocument/343-1-document_file.pdf on trouve quelque chose d’assez différent et on voit bien comment la sélection d’une partie de l’information de base permet de biaiser significativement le ressenti du lecteur.

 

Commençons par une erreur flagrante et factuelle : Au deuxième paragraphe de l’article du monde on retrouve « L'enquête souligne aussi une surreprésentation des musulmans chez les ouvriers (32,9 % contre 20,1 % pour l'ensemble des Français), les employés (14,6 % contre 9,8 % pour l'ensemble des Français) et les étudiants et chômeurs (7,3 % contre 3,5 % pour l'ensemble des Français). » Oups, ça y est Charles Martel doit se retourner dans sa tombe, les arabes nous ont envahis, vite votons pour le FN puisque 32,9 % des ouvriers sont déjà musulmans ! Sauf que le journaliste a commis une grossière erreur : Il ne s’agit pas d’une surreprésentation des musulmans chez les ouvriers mais d’une surreprésentation des ouvriers chez les musulmans, ce qui est tout à fait différent ! De fait lorsqu’on calcule la proportion de musulmans chez les ouvriers on trouve 9,54 % bien loin des 32,9% affichés par Le Monde.

 

Deuxième élément contestable au paragraphe suivant : « Selon une enquête de l'IFOP réalisée pour Marianne en mars, les musulmans se déclarant croyants et pratiquants sont aujourd'hui 41 %. Contre 33 % il y a quatre ans. » . On pourrait croire que les barbus sont à nos portes, 8% d’augmentation en 4 ans, si on poursuit la tendance dans 30 ans, tous les musulmans seront embrigadés par les mollahs. Sauf que ce n’est qu’un des chiffres de l’étude qui montre par ailleurs que le pourcentage de croyants et pratiquant en 1989 était de 37 %. 4% d’augmentation en 20 ans, tout de suite ça fait moins peur ! D’autant que les autres chiffres 27% (1994) et 36 % (2001) montrent qu’il y a des fluctuations non négligeables d’un sondage à l’autre et donc que les données sont entachées d’une incertitude probablement importante, que le sondeur doit probablement pouvoir estimer mais qu’il ne s’est pas donné la peine de mentionner. S’il l’avait fait la conclusion serait probablement tout autre à savoir que les variations observées sont comprises dans la marge d’erreur et que la pratique religieuse chez les musulmans français est globalement stable pour autant qu’on puisse la mesurer. Deux autres éléments doivent de plus être retenus : Si l’on regarde non plus les musulmans pratiquants mais les croyants + pratiquants, le sondage montre une étonnante stabilité : 75% en 1989 contre … 75 % en 2011. Donc la part des pratiquants a un peu augmenté (et encore il faudrait voir par rapport à l’incertitude de la mesure) mais c’est au détriment des croyants non pratiquants donc probablement lié à une plus grande accessibilité des lieux de culte pour les musulmans.

 

Autre point qui n’est pas abordé mais semble fondamental… La définition de musulman et la proportion de musulman en France. On peut en particulier se poser la question de ce que pourrait être un musulman non croyant… Ce n’est pas précisé dans l’article et pas défini dans le document de l’ifop mais apparaît indirectement dans le document et doit probablement être entendu comme «  personnes issues d’une famille d’origine musulmane ». Sauf qu’on voit que ce critère est très subjectif car les croyances peuvent être variable dans le temps. Par exemple, je ne pourrais pas affirmer que ma famille est encore catholique même si elle est certainement chrétienne et qu’elle a été pratiquante à un moment donné. Et puis la famille d’origine est composée de plusieurs personnes qui n’ont pas forcément les même croyances… Suivant la façon dont est posé et interprété la question le résultat peut varier sensiblement. Enfin il me semble fondamental de rappeler quelle est la proportion des musulmans en France, ce qui est rappelé au début du document de l’IFOP à 5,8% (mais sans préciser selon quelle définition : croyant et pratiquants ou « personnes issues d’une famille d’origine musulmane »). Il aurait été également très utile de préciser l’évolution de ce chiffre ce que ne fait ni le document de l’ifop ni l’article. En effet, l’augmentation de la proportion de pratiquant pourrait également s’expliquer par une baisse du nombre total de personnes se définissant comme musulman… Et en tout cas le fait de citer la proportion de musulman permet de relativiser les données ci-dessus : 41 % de pratiquants sur 5,8% de la population, cela donne 2.37% de musulmans pratiquant en France. Charles Martel peut se rendormir tranquillement et N. Sarkozy peut continuer sereinement à ignorer cette niche électorale !

 

D’ailleurs, en parlant de la popularité de N. Sarkozy, les chiffres sont intéressants… mais totalement inexploitables en l’état : On a vu dans les pages précédentes que les caractéristiques sociologiques des musulmans sont sensiblement différentes de celles de la population Française dans son ensemble, avec en particulier une sous-représentation très marquée des retraités… qui constituent si ma mémoire est bonne une bonne part de l’électorat de l’UMP. Plutôt que de donner uniquement des données brutes comparées à la population Française, il serait plus pertinent de comparer à une population non musulmane de composition sociale équivalent ce qui montrerait probablement une différence bien moindre par rapport aux autres Français. Corrélation n’est pas causalité et le biais électoral observé peut avoir une autre cause que le fait d’être musulman.

 

L’article du journal La Croix tient un peu mieux la route et met plus l’accent sur le ramadan en particulier la proportion de 71% des musulmans qui le pratiquent… sans pour autant relever que cette proportion est stable depuis 10 ans et sans citer le chiffre de 40% de pratique du ramadan chez les musulmans non croyants (dont j’ai toujours du mal à comprendre quelle réalité elle recouvre et me fait toujours penser à cette bonne vieille blague catho sur les nudistes non pratiquant) qui démontre bien que c’est en bonne parti une pratique culturelle.

Par ideesmobiles.over-blog.com - Publié dans : Société
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